14 Juillet 1789 : La prise de la Bastille

Le jour qui fit trembler Louis XVI

Chaque 14 juillet, la France célèbre sa fête nationale.
La date est choisie pendant la IIIème République (juin 1880), comme le symbole de la fin de la monarchie absolue.

Flashback en 1789 pour comprendre en quoi la chute d’une prison est aussi celle d’un roi.



La France en 1789

Avant la Révolution française, le pays vit sous, ce qui s’appelle désormais, l’Ancien Régime.
Une société pyramidale au sommet de laquelle trône le Roi, secondé par la noblesse et le clergé.
Le troisième ordre s’appelle le Tiers état, soit les 97% de la population qui leur payent des impôts !

Forcément, cette hiérarchie plaît de moins en moins aux plus pauvres.
Mais aussi aux bourgeois et paysans enrichis par le travail, qui se politisent et provoquent plus de 8500 révoltes en un siècle.

En 1788, la météo attise davantage cette colère.
Se succèdent un hiver rude, un printemps caniculaire et un été orageux.
Les récoltes sont mauvaises, les prix flambent et le gouvernement est pris à parti.

Notamment, parce qu’il compte renflouer ses caisses après sa coûteuse participation à la guerre d’indépendance des États-Unis (1775-1783).
Pour faire passer la pilule des impôts qu’il veut faire passer, Louis XVI convoque une assemblée extraordinaire : les États Généraux.

Les États Généraux, l’élément déclencheur

L’initiative est bien accueillie.
La grande majorité de la population croit à la bonne volonté du Roi, encore considéré comme un père protecteur.
Bien que le monarque pense « budget national », le peuple voit les États Généraux comme une solution à ses problèmes.

Les paysans veulent se débarrasser des droits seigneuriaux, les bourgeois rêvent d’une monarchie parlementaire …
Dès l’automne 1788, c’est l’ébullition en France, tous les espoirs sont permis …

… Mais s’évanouissent quand ils siègent du 6 mai au 27 juin.
Les 1139 députés se disputent sur le vote, habituellement réalisé par ordre, et non par tête.
Le Tiers état, représenté par la moitié des députés, comprend bien que l’aristocratie et le haut-clergé vont appuyer la hausse des impôts mais qu’ils n’en assumeront pas la charge.

C’est le moment de s’insurger !
Avec l’appui de quelques aristocrates, sensibles aux changements, et du bas-clergé, bien conscient des problèmes ruraux, le Tiers état institue son propre système.
C’est l’Assemblée nationale constituante qui donnera :

  • l’abolition des privilèges (4 août 1789),
  • la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (26 août 1789),
  • et les grands principes de la Constitution (fin 1791).
Le serment du jeu de paume par David (1791)

Le Roi tente de reprendre le contrôle mais ses propres ministres sont divisés.
Faute de pouvoir dissoudre cette nouvelle structure qu’il n’approuve pas, il renvoie son entourage trop libéral.
Autre décision qui accélère la révolte …

Aux Armes, citoyens !

Parmi les congédiés, le contrôleur des Finances, Jacques Necker, qui a l’idée originale de faire payer des impôts à tout le monde !
Inacceptable pour la monarchie !
Problème : le ministre a l’opinion publique dans la poche !
Alors quand la nouvelle est connue le 12 juillet, les Parisiens prennent aussitôt ce départ forcé comme une provocation royale.

Des manifestations s’organisent et des bustes de Necker sont portés en cortège.
Le journaliste Camille Desmoulins, qui commence tout juste son parcours de figure révolutionnaire, appelle la foule aux armes.

Louis XVI veut calmer le conflit en faisant intervenir ses troupes.
Ce qui est très mal interpréter en face.
La révolte devient violente.
On commence à compter de nombreux blessés, et même des morts.
Les barrières de Paris sont brûlées pour supprimer les droits d’entrée.
Le couvent de Saint-Lazare est pillé parce qu’on soupçonne la présence de stock de grains.

14 juillet

Le peuple a faim et peur.
Un Comité permanent est alors mis en place pour organiser les actions.
Il crée une milice bourgeoise, aux 48.000 membres qui se différencient grâce au port d’une cocarde rouge et bleue (les couleurs de Paris).
L’objectif premier : les armer.
On lance la fabrication de 50.000 lances et on pille le Garde-Meuble de la couronne.
Manque de chance, il ne contient que des armes de collection !
(Dont deux canons damasquinés d’argent offerts par le roi de Siam à Louis XIV … La révolte est chic !)

Le 14 juillet à 10h, les émeutiers volent alors l’arsenal entreposé aux Invalides : plus de 30.000 fusils.
Il ne leur manque plus que de la poudre et des balles.
Et la rumeur dit qu’elles se trouvent à la Bastille …

14 juillet : prise de la Bastille

La Bastille est une forteresse réputée imprenable, datant du XIVème siècle.
Le cardinal de Richelieu (1585-1642) la transforme en prison d’état qui accueille notamment les opposants politiques.
Parmi ses plus célèbres « pensionnaires » : Nicolas Fouquet (dont Louis XIV était jaloux) et le marquis de Sade.

Au matin du 14 juillet, la Bastille n’est envisagée que pour son arsenal.
Le groupe qui l’assiège ne veut pas faire preuve de violence, ordre du Comité.

Une délégation est envoyée pour négocier avec son gouverneur, le marquis de Launay.
Mais elle n’obtient pas gain de cause et la foule commence à s’impatienter.

À 13h30, Launay enclenche le combat armé, faisant une centaine de morts.
On dépêche deux nouvelles délégations afin de lui faire entendre raison.
Mais elles aussi prennent une décharge de tirs !

À 17h, la garnison de la Bastille, qui n’a pas assez de vivres pour tenir le siège, doit rendre les armes.
Les émeutiers récupèrent alors les armes stockées et libèrent les sept uniques prisonniers de la Bastille (2 fous, 4 faussaires et 1 pervers).

Launay n’arrivera jamais à l’Hôtel de Ville pour y être jugé : il est tué à coups de sabre en chemin, et sa tête, coupée au canif, finit plantée sur une pique.

14 juillet
La Prise de la Bastille, par Jean-Pierre Houël (1789)

Pour le Roi : le 14 juillet, « rien »

Le 14 juillet 1789, Louis XVI est … à la chasse !
Vraiment pas son jour de chance : il rentre bredouille !
Ainsi on peut lire dans son journal intime, où il a l’habitude de lister son gibier, qu’à cette date : « Rien ».

La légende veut qu’il n’ait appris la prise de la Bastille que le lendemain, à son réveil.
Louis XVI aurait demandé au duc de La Rochefoucauld qui lui annonce la nouvelle : « C’est une révolte ? »
Et son interlocuteur de répondre : « Non, sire, ce n’est pas une révolte, c’est une Révolution. »

Dialogue vrai ou pas, il n’est pas le seul à le penser.
Dès le 16 juillet, un grand nombre de courtisans se mettent brusquement à émigrer chez nos voisins !


L’après « 14 Juillet »

Le 15

Quand la forteresse est prise, ce n’est pas seulement les armes qui sont pillées, mais également les archives du lieutenant de police de Paris.
Lettres de cachet, interrogatoires, demandes royales …
Des documents confidentiels mais aussi un trésor historique que la mairie tente de récupérer dès le 15 juillet.
Les autorités en retrouvent une bonne partie chez … l’écrivain Beaumarchais, qui vit juste en face de la Bastille !

Toujours le 15, le chantier de démolition de la forteresse est mis en route.
Dans ses ruines, pas de trace du cadavre de l’homme au masque de fer, comme la légende a voulu faire croire !
Mais certains, qui ont bien compris l’importance de cet évènement unique, voient l’opportunité commerciale.
Comme Mirabeau qui se met à vendre les chaînes de la Bastille transformées en médailles, ainsi que des bagues serties d’un morceau de mur !

14 juillet
Miniature de la Bastille sculptée dans une pierre de la Bastille (musée Carnavalet)

Le naissance d’un symbole

D’autres s’attachent davantage à ce que l’évènement peut représenter, au-delà d’un siège pratique (l’obtention d’armes).

La France entière prend le 14 juillet comme modèle de ce qui est possible ailleurs.
Des pillages d’arsenaux ont alors lieu à Rennes, Strasbourg, Bordeaux, Nantes, Marseille …

Même le roi fait bonne figure pour ne pas perdre la tête (ça viendra plus tard !).
Louis XVI quitte Versailles pour Paris où il accepte de porter la cocarde rouge et bleue.
Il y associe tout de même le blanc, couleur de la monarchie, pour sauver la face, mais il n’est pas dupe.
Les « Vainqueurs de la Bastille » ont définitivement mis en échec l’autorité royale.




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