« Apocalypse Now », l’Enfer de Francis Ford Coppola

« Mon film, c’est le Vietnam ! »

En Bref !

Film de guerre réalisé par Francis Ford Coppola
Sortie : 1979
Avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall …

Apocalypse Now

De quoi ça parle ?

Pendant la guerre du Vietnam.
Les services secrets américains envoient le capitaine Willard (Sheen) en pleine jungle afin de retrouver et d’abattre le Colonel Kurtz (Brando).
Celui-ci est soupçonné d’avoir basculé dans la folie et de mener sa propre guerre.

Comment ça finit ?

Willard assassine Kurtz, dont les derniers mots sont « l’horreur … l’horreur ».

C’est culte !



Le film qui a failli tuer Francis Ford Coppola !

Francis Ford Coppola hérite du scénario d’Apocalypse Now parce que George Lucas n’en veut pas !
Ce dernier veut surfer sur le succès d’American Graffiti (1973) et lancer le grand projet de sa vie, Star Wars.
Alors son copain accepte joyeusement le défi, voulant faire d’Apocalypse Now une épopée, « un équivalent de l’acid rock » !

Coppola est confiant et enthousiaste.
Il peut l’être : ses deux premiers Parrain (1972, 1974) ont reçu un total de 9 Oscars !
Alors il décide de produire lui-même Apocalypse Now, aidé de l’United Artists.

Marié et père de trois enfants, Coppola engage sa fortune personnelle et hypothèque tous ses biens.
Un enjeu financier qui va le conduire à la limite de la mendicité et de la folie …

Un casting difficile

Coppola propose les rôles principaux aux plus grands : Steve McQueen, Robert Redford, Jack Nicholson …
Mais personne n’est emballé par un tournage de six semaines dans la jungle.
Même Al Pacino, qui doit tout au réalisateur, refuse.

Coppola s’énerve au point de balancer ses Oscars par la fenêtre !

Finalement, Harvey Keitel et Robert Duvall acceptent.
Marlon Brando
aussi répond « présent » … pour trois semaines de tournage à 3 millions de dollars !
Coppola lui demande en contre-partie de perdre une quarantaine de kilos et d’être prêt dès son arrivée, en fin de tournage.

Coppola part donc aux Philippines avec équipe, femme et enfants.
Le tournage commence et rapidement le réalisateur trouve qu’Harvey Keitel joue un Willard bien trop passif.
Ni une, ni deux, il renvoie son acteur principal.
Une très mauvaise nouvelle qui plombe le moral de l’équipe, mais qui enchante le principal intéressé, ravi de quitter la jungle !

Martin Sheen, déjà casté pour Le Parrain, accepte de le remplacer au pied levé.
L’acteur a 36 ans et des problèmes avec l’alcool qui serviront son interprétation d’un capitaine cramé.
(Ainsi, quand Martin Sheen brise un miroir à l’écran, il s’agit d’une improvisation sans trucage, totalement inspirée par le whisky !)

Le film de la jungle

Le tournage n’a pas lieu au Vietnam, mais aux Philippines … ce qui n’est guère mieux !
Avis continuel de tempêtes, typhon Olga, moustiques, maladies tropicales, animaux sauvages …
L’équipe a rapidement abandonné les fêtes fastueuses des premiers jours pour passer en mode survie !

Les blessés se multiplient, et comme il n’y a pas de médecin dans l’équipe, les plaies sont nettoyées au chlore ou à la vodka !
Un figurant philippin décède même de la rage : on l’enterre dans un t-shirt Apocalypse Now !

Les hélicoptères, prêtés par le gouvernement, sont simultanément utilisés par Coppola et l’armée locale qui veut mater une rébellion locale.
Le matin, ils ont donc les couleurs américaines et le soir, les philippines !

Et puis il y a le scandale du repaire de Kurtz.
Un accessoiriste a utilisé de vrais cadavres, cédés par un profanateur de tombes.
Quand la femme de Coppola lui demande pourquoi, il lui répond :
« Dans le scénario, c’est marqué « un tas de corps en feu » ; ça ne dit pas « un tas de mannequins en feu » ! »
Un souci d’authenticité qui ne plaît pas du tout à la police, qui paralyse le tournage pour s’assurer qu’il n’y a pas eu de meurtre.

Une équipe en souffrance

Si l’eau potable vient à manquer, ce n’est pas le cas de la drogue et des MST !
Stupéfaite et sous stupéfiants, l’équipe s’écroule …

Pour tenir ses scènes éprouvantes, Martin Sheen carbure à l’alcool et à trois paquets de cigarettes par jour.
Rien d’étonnant s’il fait une crise cardiaque.
Quand Coppola l’apprend, il fait à son tour une crise d’épilepsie et décide de cacher l’état de son acteur à l’United Artists.
Si le film était annulé, il perdrait tout …
« Même si Martin meurt, il ne sera mort que quand je le dirais. »
Heureusement Martin Sheen récupère en un mois et finit ses scènes.

Pendant ce temps, Dennis Hopper exige de constamment tourner sous cocaïne.
Et comme c’est pour mieux jouer, la production la lui fournit !

Un souci d’authenticité qui n’effleure même pas Marlon Brando, qui se pointe enfin … obèse et sans avoir lu le scénario !
Coppola fait des pieds et des mains pour cacher son embonpoint à l’écran.

Du coup, c’est lui qui perd du poids (50 kilos) …

« Ce film est un désastre à 20 millions.
Pourquoi est-ce que personne ne me croit quand je dis ça ?
Je songe vraiment à me tirer une balle. »apocalypse now

Apocalypse Never

Le tournage se termine enfin … après 16 mois !
Prévu pour durer 6 semaines, il s’est étalé entre mars 1976 et août 1977.
Le budget aussi est dépassé, passant de 14 à 30 millions de dollars.
Mais tant pis, Coppola rentre enfin en Californie avec 250 heures de rushes …

Le montage dure deux ans.
La sortie du film est sans cesse repoussée : avril 1977, avril 1978 puis printemps 1979.
La presse s’impatiente et critique durement ce projet qu’elle rebaptise « Apocalypse Never » !

Coppola doute et panique.
Il est obligé de finir ce film et surtout, d’en faire un chef d’oeuvre.

Parmi ses changements de dernière minute, il y a l’ajout d’une voix-off, dont le texte est écrit par Michael Herr, un reporter de guerre.
Une façon de transmettre l’état d’esprit de Willard et de cacher les bruits ambiants qui n’ont pas été enregistrés sur place.
Malheureusement, Martin Sheen est occupé sur un autre film.
Comment faire ? Facile ! Coppola engage le frère de l’acteur, Joe Estevez, qui a presque la même voix.
« Saigon… shit. I’m still only in Saigon. Every time I think I’m gonna wake up back in the jungle. »

Bonjour tristesse

Pour faire taire les journalistes, et surtout sauver sa réputation et sa fortune, Coppola doit présenter son film au Festival de Cannes 1979.

Première déconvenue : son thème n’est pas inédit, le Vietnam occupe déjà les salles de cinéma.
Notamment avec Voyage au bout de l’enfer (de Michael Cimino, avec Robert de Niro), qui a remporté 5 oscars et que les journalistes surnomment « Apocalypse First » !

Autre mauvaise surprise : le jury de Cannes est présidée par la très littéraire et peu cinéphile Françoise Sagan.
Malgré une campagne en faveur d’Apocalypse Now, la romancière préfère une adaptation de roman (Le Tambour, Volker Schlöndorff) à l’odeur du napalm. Et elle menace de démissionner en plein festival si son choix n’est pas respecté !

La projection d’Apocalypse Now est un succès, mais Coppola vise la Palme d’Or.
La rumeur dit qu’il ne l’aura pas.
Il n’est donc pas très confiant lorsqu’il affronte la conférence de presse.
Pour se donner du courage, il apparaît avec ses enfants, face aux journalistes qui l’ont miné pendant des mois.
Affaibli, mais très remonté, il lance sa punchline devenue célèbre : « Mon film n’est pas un film sur le Vietnam, c’est le Vietnam ».

Enfin, arrive le gala de clôture et tombe le verdict … qui se révèle être un compromis plutôt honteux.
Palme d’or ex-aequo pour Apocalypse Now et Le Tambour. 

Pendant que Sagan crie au scandale, Coppola rentre chez lui, déçu de sa « demi-palme ».

Heureusement, le film engrange un total de 150 millions de dollars et devient culte.
Il est sauvé … jusqu’au flop de Coup de Coeur (1982), qui le ruine pour de bon.
Apocalypse actually.

« Après Apocalypse Now, j’ai réalisé que je ne serais plus jamais un jeune réalisateur. »


Anecdotes

Le scénario

On le doit à John Milius, un ancien copain de fac de George Lucas.
Notamment remarqué pour son Dirty Harry (1971), le scénariste s’attaque à cette guerre qu’il décrit comme psychédélique, car menée par une jeunesse droguée et en fin de « peace and love ».
Il s’inspire du roman Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad, réputé si inadaptable que même le grand Orson Welles s’y est cassé les dents.

Le titre

C’est un pied de nez au slogan hippie très en vogue « Nirvana Now », que Milius détestait.
Mais pendant le tournage difficile, Coppola appelait son film « The Idiossey » (« idiotie » + « odyssée ») .

Le film n’ayant aucun générique, le titre Apocalypse Now n’apparaît à l’écran que sous la forme d’un graffiti dans le camp de Kurtz.

apocalypse Now

Caméos

  • Harrison Ford, en militaire en début de film, lorsque Willard vient prendre son ordre de mission.
  • Laurence Fishburne, qui joue le jeune Tyrone (l’acteur mentit sur son âge, se disant majeur alors qu’il n’avait que 14 ans !)
  • Francis Ford Coppola, en tant que reporter en train de couvrir une attaque américaine.

La fin

Coppola a rapidement choisi la chanson des Doors « The End » pour ouvrir son film, mais il a beaucoup tardé à savoir comment le terminer !
Le réalisateur a envisagé plusieurs options :

  • Willard tue Kurtz et rentre aux États-Unis
  • Willard tue Kurtz et prend sa place
  • les renforts arrivent et ratissent la zone au napalm.

Coppola a tellement hésité qu’il a présenté différentes versions à Cannes, puis en salles.


Sources :
Vanity Fair : ici
Le Point : ici
Sur www.independent.co.uk : ici

En savoir plus :
Au coeur des ténèbres, l’apocalypse d’un metteur en scène – documentaire de Fax Bahr et George Hickenlooper (1991)
Première Classics, la petite histoire des grands films– Nº7 – Avril/Juin 2019

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