Jean-Paul Belmondo : 10 anecdotes de tournage

« Toc Toc Badaboum ! »

Belmondo (Bebel pour les fans) a connu les plus grand(e)s.
Gabin, Ventura, Marielle, Brasseur, Godard, Verneuil, Chabrol, Seberg, Loren, Cardinale, Girardot …
Une vraie encyclopédie du cinéma aux anecdotes croustillantes …
En voici 10 qui racontent ses débuts.

Belmondo

1 – Une insulte le mène au cinéma

Jean-Paul Belmondo a 23 ans quand il sort du Conservatoire, porté en triomphe par ses camarades.
Déjà admiré pour son talent ?
Non, parce qu’il a fait un bras d’honneur au jury !
BelmondoUn scandale qui lui ferme les portes de la Comédie-Française, malgré plusieurs années d’expérience théâtrale.

Bébel passe alors ses après-midi dans un bistrot fréquenté par le métier.
Un jour qu’il joue au foot avec un copain, il est repéré par Henri Aisner qui prépare Les Copains du dimanche (réalisé en 1956, diffusé en 1967).
Belmondo accepte pour le fun : un mois et demi de tournage sur un terrain d’aviation, avec Michel Piccoli, ça ne se refuse pas !

2 – La beauté cachée des laids !

En 1959, Jean-Claude Brialy est trop malade pour jouer dans À double tour.
Pour le remplacer, il parle de Belmondo au réalisateur Claude Chabrol.
Trois jours avant le tournage, l’acteur rencontre les producteurs qui en le voyant, s’écrient : « Ouh la la, ce que vous êtes laid ! »
Bebel s’en va, furieux.
Mais pas fous, les producteurs le rattrapent : « Restez, on va s’arranger … »

Déjà au Conservatoire, sa prétendue laideur l’empêche de jouer les jeunes premiers.
C’est l’époque des Jean Marais, Henri Vidal, puis Alain Delon et Jean-Claude Brialy. Sa gueule de boxeur n’est pas dans l’air du temps.
Le professeur Pierre Dux l’avertit donc : « Vous ne pouvez pas prendre une femme dans vos bras, on n’y croira pas ! »
Puis, c’est le réalisateur René Clair qui déclare : « Oui, il est très bien … Mais il a une sale gueule ! Il ne peut pas faire de cinéma. »

En Italie, les journalistes surnomment Belmondo : Il Brutto.
« La brute », un clin d’oeil à son passif de boxeur ? Non, ça veut dire « le laid » !
Ce qui ne l’empêche pas d’embrasser sur grand écran Claudia Cardinale, Sophia Loren et Gina Lollobrigida !

 3 – Un quart d’heure à peloter Brigitte Bardot

Belmondo n’a jamais oublié ses essais pour La Vérité (1960) d’Henri-George Clouzot.

Pour le convaincre et l’empêcher d’aller au casting de Moderato Cantabile (Peter Brook, 1960), Clouzot enferme l’acteur dans une pièce avec sa femme.
« Il faut que je m’en aille ! – Vous ne sortirez pas ! – Ouvrez la porte sinon je vais la mettre en l’air ! »
Bébel passe donc les essais … avec Brigitte Bardot, à qui il tripote les seins pendant un quart d’heure !

La seule scène que les deux acteurs ne partageront jamais.
Belmondo refuse le rôle du chef d’orchestre, finalement joué par Sami Frey, pour tourner l’adaptation de Marguerite Duras.

Faute d’un film, les acteurs se réunissent à Saint-Tropez !

4 – 50.000 francs pour son premier Godard

En 1958, Belmondo est abordé par Jean-Luc Godard, qu’il croise régulièrement à Saint-Germain-des-Près, sans savoir qui il est.

« – Est-ce que vous voulez faire du cinéma ?
Je lui réponds : « Oh non, pas du tout. »
– Parce que je vous donne 50.000 francs. Vous venez dans ma chambre rue de Rennes et puis on tourne. »

Le film est un court métrage, Charlotte et son Jules, qui sort en 1961.
Le tournage se passe si bien que Godard promet de le rappeler pour d’autres projets.
Et il tient parole : À bout de souffle (1960), Une femme est une femme (1961), Pierrot le Fou (1965).

Un jour, Godard me propose de dîner en tête à tête avec lui. 
On va à la pizzeria rue Saint-Benoît. 
J’essaie de le brancher sur la boxe, sur le foot, mais lui, il ne réagit pas.
On finit par bouffer sans pratiquement se parler, et à la fin, il me dit : « Je te remercie, j’ai passé une soirée formidable. »

5 – Le tournage surréaliste de La Ciociara 

En 1960, Bebel débarque en Italie pour tourner sous la direction d’Il Maestro, Vittorio de Sica.
À peine arrivé, il doit rouler un énorme patin à Claudia Cardinale !
Débuts agréables, mais plateau chaotique.

Alors que le couple star tourne une scène d’amour, le réalisateur s’endort.
Il ne se réveille qu’avec le bruit d’une gamelle qui tombe et il s’écrie aussitôt : « Coupez ! Perfetto !« .

« Il arrivait un samedi avec sa femme et ses enfants et, le samedi d’après, avec sa maîtresse et ses enfants ! »

6 – Le père Lefoutre !

C’est sur ce même tournage italien que Belmondo rencontre Jean-Pierre Melville qui l’engage pour Léon Morin, prêtre (1961).
Pour adapter au mieux le roman de Béatrix Beck, le réalisateur se fait conseiller par un véritable curé, le Père Lepoutre
Aussitôt rebaptisé Lefoutre par l’équipe !

Un rôle décalé pour Bébel qui se présente tous les jours aux studios, en soutane et béret, au volant d’une décapotable !
L’acteur est trop décontracté pour Melville.
Pour une scène où son texte est en latin, il fait coller des antisèches près d’Emmanuelle Riva, qu’il se contente de lire !

« Melville pensait que je me foutais du film, il me disait « Allez vous concentrer. » 
Je lui répondais : « Si je me concentre, je m’endors ! »

Belmondo

7 – De bons vivants

Belmondo a tourné avec des monstres sacrés dont il se rappelle le professionalisme … et un bon coup de fourchette

Il rencontre Jean Gabin pour Un singe en hiver (Henri Verneuil, 1962).
Dès son arrivée sur le tournage, l’acteur déclarait « J’ai mal au burlingue : ce soir, jambon-salade ! »
Pourtant, à la fin de la journée de travail, il s’enfilait « un p’tit whisky », « des moules, avec du vin blanc ».
Le lendemain matin, rebelotte : « J’ai mal au burlingue : ce soir, jambon-salade ! » !

Sur Cent mille dollars au soleil (Henri Verneuil, 1964), Belmondo tourne en plein Sahara avec Lino Ventura et Bertrand Blier.
Le trio parlait bouffe du matin au soir …
Pour finalement ne manger que des pois chiches !

Question descente, Belmondo siffle pas mal de Bordeaux avec sa copine Mia Farrow sur le tournage de Docteur Popaul (Claude Chabrol, 1972).

Avant ça, il surveille la consommation excessive de son ami Pierre Brasseur, très impliqué dans son rôle de marchand de vin dans Les Mariés de l’An II (Jean-Paul Rappeneau, 1971).

« Il m’a salué du haut de la passerelle et il est tombé jusqu’en bas.
« Je t’avais amené du Beaujolais, j’ai tout bu ! »
Et il a passé un mois, pété tous les jours ! »

8 – Le cascadeur de son cascadeur !

Pour L’Homme de Rio (Philippe de Broca, 1964), Belmondo remplace volontairement son cascadeur.

« Au moment de passer d’un building à l’autre, [le producteur] me dit :
– Je t’interdis de monter sur ce cable ! C’est à Gil Delamare, le cascadeur, de faire ça. 
– Et si Delamare se tue ?
– Je m’en fous ! C’est son métier ! »

Finalement, Delamare et Belmondo deviennent intimes et partagent les cascades.
L’un conduit, pendant que l’autre monte sur le camion.

Peu avant de se tuer, Delamare voulait mettre en scène un film et demanda à l’acteur qu’il le double pour les cascades !
Belmondo avait accepter …

Belmondo

9 – Les fous rires sur Week-end à Zuydcoote

Le film d’Henri Verneuil, sorti en 1964, réunit Belmondo, son ami Jean-Pierre Marielle, le rieur Pierre Mondy et le pince-sans-rire François Périer.

« Dans une scène, Verneuil devait faire démarrer des colonnes de mille figurants, décoller des avions …
Avec Mondy, on s’approchait de la caméra.
À chaque fois, ce salaud de Périer disait une blague juste au moment de « moteur ! »
Je me cramponnais et Mondy riait, et il fallait tout remettre en place …
Verneuil était fou de rage ! »

10 – La dispute avec Delon … à cause d’une affiche !

Delon et Belmondo se connaissent depuis 1958 et ont collaboré quelques fois.
Mais leur premier grand succès ensemble date de 1970, avec Borsalino de Jacques Deray.

Alors que le tournage à Marseille se passe bien (et ce, malgré les visites répétées du « milieu » !), le duo, qui s’entend pourtant bien, finit par se disputer à cause de l’affiche du film.
Le « Belmondo et Delon » initialement prévu est remplacé par « Alain Delon présente … ».

Un petit caprice du « Samouraï » que Belmondo met 30 ans à pardonner !

*Source : Interview de Jean-Paul Belmondo, paru dans Première, numéro 217, avril 1995




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