Billie Holiday, le tragique destin de la légende du jazz

Inimitable Lady Day

billie holiday

Sa vie fut brève mais intense …
Beaucoup trop, puisque marquée par les drames et les addictions, mais surtout la passion du jazz.
Retour sur le destin de l’écorchée vive, Billie Holiday. 

Une jeunesse tourmentée

Billie Holiday naît le 7 avril 1915 à Philadelphie, sous le nom d’Eleanora Fagan.

Ses parents, Sadie Fagan et Clarence Holiday, sont deux adolescents immatures et peu enclins à s’occuper d’un bébé. Lui travaille la nuit dans des clubs de jazz comme guitariste professionnel. Elle cumule les emplois d’aide-ménagère et se prostitue à l’occasion.
Leur relation fait long feu. 

Eleanora grandit livrée à elle-même, trimballée entre Baltimore et Philadelphie, passant de parents éloignés en voisins.

C’est l’un d’entre eux, Wilbert Roch, qui la viole à onze ans
Un jugement a lieu, pendant lequel elle est internée en “centre d’éducation surveillée”. 
Comme la petite fille a déjà eu plusieurs démêlés avec la justice, le jury raciste ne condamne son agresseur qu’à trois mois de prison. 
Eleanora, elle, doit intégrer une maison de correction pendant trois ans. 

À sa sortie, en 1929, elle rejoint sa mère dans une maison close de Harlem, où elles se prostituent pour survivre.  

Billie et sa mère

Billie Holiday, née pour le jazz

Les débuts

Dans ce quotidien d’entre-deux-guerres difficile, la jeune Eleanora n’a qu’un bonheur : la musique de Louis Armstrong et Bessie Smith.
Elle-même chante en autodidacte et malgré son manque de technique, elle a une voix unique, au timbre un peu enroué. 

Alors, après un séjour en prison pour prostitution, Eleanora décide de réaliser son rêve et se met à chanter dans les clubs de Harlem.
Elle prend comme pseudonyme le nom de son père, qui ne l’a jamais reconnu, mais qu’elle revoit et qui l’intègre dans le milieu. 

S’enchaînent de longues années de travail dans les clubs de jazz.
Pendant lesquelles Billie Holiday lutte pour survivre avec des pourboires durement gagnés, affronte la ségrégation et le sexisme … Mais aussi apprend son métier et fréquente (parfois de très près !) de grands musiciens. 

Billie Holiday et Louis Armstrong

Splendeur …

Un soir comme un autre de 1933, Billie Holiday chante sans le savoir devant John Hammond, poids-lourd de la maison de disque Columbia Records.
Le très fortuné producteur est ébloui par l’interprète et la signe aussitôt. 

Son premier disque Your Mother’s Son-in-Law fonctionne : Billie est la nouvelle star montante du jazz new-yorkais. Consécration : elle se produit dans le prestigieux Apollo Theater à Harlem qui change sa vie.
Car, lors de cette prestation, Holiday rencontre celui qui devient son meilleur ami, le saxophoniste Lester Young.
Elle l’appelle Prez (pour President), il la surnomme Lady Day

Prez

Billie Holiday ne cesse de chanter et se mesure aux plus grands, comme Duke Ellington, Artie Shaw, Miles Davis et bien sûr son idole ultime, Louis Armstrong.
Elle enregistre près de 200 chansons, des standards de jazz mais aussi de nouvelles créations.
Comme « Our love is different », « My Man » et surtout son célèbre « Strange Fruit« , qui lui vaut des ennuis avec le FBI. 

billie holiday

… Et décadence

Billie Holiday devient mythique, notamment après son concert du 27 mars 1948 à Carnegie Hall.
Les célébrités se précipitent pour la voir sur scène, même les françaises : Serge Gainsbourg, Juliette Gréco, Françoise Sagan … Tous veulent admirer la belle et grande chanteuse, qui revendique sa liberté …

… Un peu trop au goût de certains.
Billie Holiday ne cache pas ses mœurs légères et ses addictions.
Sa consommation de stupéfiants donne un motif d’arrestation au FBI, qui la juge subversive en pleine “chasse aux sorcières” maccarthyste.

Séjour en prison, interdiction de chanter dans les clubs …
Rien n’arrête Billie qui brûle sa vie par les deux bouts.

La mort de sa mère en 1945 précipite sa descente aux enfers, déjà bien entamée.
Billie devient violente lors de ses prestations musicales et néglige ses engagements.
Elle descend deux bouteilles de gin à chaque séance d’enregistrement, comme lors de la réalisation de son dernier disque, le bouleversant Lady In Satin

Des amours tumultueuses

Côté vie privée, ça ne respire pas non plus le bonheur !

Billie Holiday s’est mariée à deux reprises.
D’abord en 1941, avec Jimmy Monroe, un escroc et proxénète qui l’habitue aux drogues dures.
Puis en 1957, avec le violent Louis MacKay.

Cette dernière relation est particulièrement destructrice.
Si MacKay l’aide à propulser sa carrière, il l’éloigne de toute bonne influence et encourage sa consommation de drogue. D’ailleurs, sur le point d’être jugé pour ce motif, le couple ne se marie que pour éviter de témoigner l’un contre l’autre !

Billie Holiday ne sait pas ce qu’est l’amour.
Pourtant, elle a ouvertement multiplié les liaisons, avec des femmes et des hommes.
Mais souvent peu recommandables : Joe Guy, un trompettiste qui lui sert de dealer ; John Levy, un gangster de seconde zone qui la bat et la ruine … 

Aucune relation ne la comble.
Si ce n’est son amitié avec Lester Young, son Prez

Avec Louis MacKay
Avec Prez

Adieu, Lady Day

Après toute sorte d’excès, Billie Holiday souffre d’une cirrhose avancée.
En 1959, son état empire mais elle ne se ménage pas.
Quand elle apprend le décès de Prez, le 15 mars, elle est effondrée mais assure encore quelques concerts. 

On l’hospitalise d’urgence le 30 mai pour une insuffisance rénale, de laquelle elle semble tout doucement se remette. Jusqu’à ce qu’une infirmière dénonce avoir trouvé de la “poudre blanche” dans sa chambre. 
Billie Holiday crie au coup monté, mais elle reste hospitalisée dans une chambre gardée par deux policiers.

Finalement, son corps lâche le 17 juillet, vaincu par une embolie pulmonaire. 

Billie Holiday n’a que 44 ans.
Lors de ses obsèques, quatre jours plus tard, son cercueil est suivi par 3.000 personnes. 

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À voir

Lady Sings the Blues : biopic de Sidney J. Furie, sorti en 1971, avec Diana Ross dans le rôle de Billie Holiday (B.O. de Michel Legrand !)

À lire

Lady in Satin, Portrait d’une diva par ses intimes, de Julia Blackburn (Rives Rouge/Payot)

Vivre cent jours en un, de Philippe Broussard (Stock)

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