On a lu … Léo Ferré vu par la « Jolie Môme »

Comment voulez-vous que j’oublie
Le portrait par sa belle-fille

Mémoires d’Annie Butor
Parution : 2013

biographie leo ferre

Un mot sur l’auteur

  • Vous ne connaissez pas Annie Butor ? Normal ! Elle est avocate, pas écrivain.
  • Elle est la fille de Madeleine, mariée à Léo Ferré de 1950 à 1973 (date du divorce).
  • Elle rencontre le poète à l’âge de cinq ans.
  • Comment voulez-vous que j’oublie est le seul ouvrage qu’elle a écrit.



Un mot sur le sujet

  • Léo Ferré (1916-1993) est un auteur-compositeur-interprète, pianiste et poète franco-monégasque. 
  • Il a contribué à faire connaître les textes de grands auteurs (Baudelaire, Apollinaire, Aragon, Rutebeuf) qu’il a mis en musique.
  • Ses chansons parlent d’anarchie, amour et révolte, dans un style souvent mélangeant argot et lyrisme.

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À lire : Oui, Non, Bof ?

OUI. 

Parce que :

  • Ce n’est pas une biographie indigne.
    Il faut vraiment être aveuglé par une adoration sans borne pour le poète pour ne pas être d’accord ! (Bien le bonjour à Mr Boniface du Nouvel Obs).
  • Annie Butor parle de l’homme (pas de légende) avec tendresse, admiration mais aussi vérité.
  • C’est une ode à la mère.
    Pour réhabiliter Madeleine Ferré, l’épouse oubliée des hagiographies existantes.

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Mais aussi parce que :

  • Annie Butor nous fait tout vivre, preuves à l’appui.

Les pâtes cuisinées en cachette dans une chambre d’hôtel minable, la création des chansons parfois jetées au feu, les visites d’ amis surréalistes (d’André Breton au Prince Rainier de Monaco) …
Puis le succès, la « luxure » difficile à gérer par l’anarchiste, la grosse tête du « maître », la ménagerie dont Pépée est la reine …

  • Madeleine a été bien plus qu’une muse …

biographie leo ferre

Elle lui a inspiré quelques textes (par exemple, la magnifique chanson « Ça t’va »). Mais elle a surtout contribué à façonner le personnage scènique.

« Elle lui a donné confiance en lui, lui a fait couper les cheveux et enlever ses lunettes, lui a appris à quitter son piano et à chanter debout, à faire moins de grimaces. Elle a joué le rôle de tampon avec les directeurs de salle, les maisons de disques, les musiciens, les artistes. »

« Non seulement ma mère a organisé sa vie d’artiste, joué les intermédiaires avec Aragon, André Breton, Barclay, mais elle a aussi collaboré étroitement à l’écriture et à la finition des textes.« 
Extrait d’interview d’Annie Butor

  • On apprend la vérité sur Pépée

Leur chimpanzé que Léo Ferré immortalisa en chanson.
Avant de l’interpréter, il rappelait qu’elle avait été « massacrée » ou « assassinée ».
Euh … C’est à voir …biographie leo ferre

Annie Butor raconte comment sa mère et lui s’étaient peu à peu laissé dominer par Pépée et la ménagerie qui vivait avec eux.

« Chiens, chats, taureau (Arthur), vaches aux noms de la mère et des tantes de Léo (Charlotte, Titine, Fifine), moutons, cochon (Baba), autres chimpanzés maltraités achetés au hasard des cirques ambulants. » (page 206)

Et « si avec le temps va, tout s’en va », le poète aussi a fini par prendre la tangente !

« À la suite d’une violente dispute, toujours au sujet de Pépée, Léo partit seul à Elbeuf pour un gala. (…) Avant d’entrer en scène, il me confia que la vie était impossible avec tous ses animaux, qu’il n’en pouvait plus, qu’il ne trouvait pas de solution, que Pépée était blessée et que ma mère était devenue invivable. » (page 239)

En son absence, Madeleine et Annie appellent un vétérinaire pour soigner Pépée.

« Elle demanda secours au Dr Klein, compétent et sympathique vétérinaire vedette (…) Il ne put pas se déplacer en urgence et envoya deux de ses assistants (…). Ils se firent mordre et déclarèrent son état désespéré. Il n’y avait pas de solution.
J’ai entendu le coup de feu réclamé à un chasseur, ma mère s’écroula en même temps. » (page 243)

Extraits choisis

« Pendant vingt-et-un ans il fut marié avec ma mère Madeleine. 
Pendant dix-sept ans ils furent aux genoux l’un de l’autre.
Il m’éleva comme un père idéal avec amour et générosité, puis je fus remplacée par un bébé chimpanzé croisé un après-midi de mars 1961 dans les coulisses d’un music-hall. 
Ma mère et Léo partagèrent ensuite des années de complicité destructrice dans un voyage à la limite de la folie, dont elle ne se relèvera jamais. 
En 1968, démon de midi et air du temps aidant, il fit, le proclama haut et fort, sa « propre révolution ». Pour cela, il largua sa femme, brûla ce qu’il avait adoré et mentit beaucoup à lui-même comme aux autres, pour tenter de faire oublier la réalité d’un passé heureux. » (page 14)

« Avec le temps j’aime encore Léo malgré tout, sentiment paradoxal de tendresse et de rancune. (…) Je garde le souvenir vivant de notre bonheur boulevard Pershing, de nos chiens au bois de Boulogne, des marmottes de Bessans, des edelweiss que nous mettions le soir entre les pages d’un livre, des mouettes de Costaérès, des rires de Du Guesclin, alors je continue, comme tant d’autres, j’essaie de m’arranger avec mes fantômes, et enfin de laisser un peu passer mon passé. » (dernière page)




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