La face cachée de Coco Chanel

Son moteur : la survie.

Coco Chanel est une créatrice de génie, qui a révolutionné la mode féminine en inventant l’élégance pragmatique.
Voilà, ça, c’est dit.

Pour le reste …
Et bien, c’est pas jojo.

coco chanel

1- Affabulatrice

Gabrielle Chanel naît hors-mariage à Saumur en 1883.
Sa mère, couturière, décède lorsqu’elle a 12 ans.
Son père, vendeur ambulant, l’abandonne alors, avec ses quatre frères et soeurs.

D’après la légende, Gabrielle aurait été placée à l’orphelinat d’Aubazine.
Ainsi, l’abbaye lui aurait inspiré le futur sigle de sa société (les deux C entrelacés) et la vie austère des religieuses, le style épuré de ses futures créations.coco chanel

Cependant, cette version officielle est mise en doute en 2016.
Dans son ouvrage, L’Enfance de Chanel, Enquête et Découvertes, Henri Ponchon explique avoir consulté les archives du recensement démographique de 1896.
Alors que Gabrielle est sensée être à Aubazine à cette date, les registres ne déclarent la présence que d’une seule Chanel : sa tante Adrienne.
Par contre, elle apparaît dans les registres de la ville de Thiers, vivant chez une cousine germaine de sa mère et travaillant comme bonne d’enfant et domestique.

La honte de sa jeunesse sans argent ni famille explique sans doute le besoin de se créer une légende.

« C’est sans doute ici que prend racine la fabuleuse mythomanie de Gabrielle. Plus tard, lorsqu’elle sera devenue la célèbre « Mademoiselle », les versions de son enfance seront aussi nombreuses que ses interlocuteurs. »
– Sandro Cassati, Coco Chanel pour l’amour des femmes (City Edition, 2009)

2 – Arriviste

Gabrielle Chanel entre dans l’âge adulte avec la couture comme unique bagage.
Mais être « cousette » ne permet pas d’accéder aux « lendemains qui chantent » ; le music-hall, si !

Alors, vers 1907, c’est elle qui pousse la chansonnette dans des cafés-concerts prestigieux.
Son public est principalement fait d’officiers, à qui elle doit le surnom qui lui collera à la peau.
D’après une des chansons de son répertoire …

Pour se sortir de son milieu, Chanel « couche utile ». 

Elle séduit le riche Étienne Balsan, qui l’héberge un temps dans le château familial.
Coco Chanel y apprend les usages de la haute société et réussit même à l’intégrer.

Balsan, qui restera son ami, lui présente Arthur Capel surnommé « Boy ».
L’homme d’affaires anglais, qui deviendra son grand amour, lui offre sa première boutique à Paris, où elle confectionne des chapeaux.

En 1924 (5 ans après la mort accidentelle de Boy), Coco Chanel a une liaison avec le duc de Westminster, l’homme le plus riche d’Angleterre.
Puis vit de 1941 à 1944 (durant la Seconde Guerre mondiale, donc …) avec le baron nazi Hans Gunther von Dincklage.

Des histoires d’amour, certes.
Mais qui montrent que Coco Chanel était surtout déterminée à ne plus vivre au bas de l’échelle.

3 – Collabo

Coco Chanel connaît le succès pendant l’entre-deux-guerres.
Chapeaux, vêtements, mais aussi bijoux et parfum, du jamais-vu pour une couturière.
En 1939, elle fait travailler 4000 ouvrières et fournit 28000 commandes par an.
Alors, quand les nazis occupent Paris, Coco Chanel « s’adapte » …

À l’époque, on sait déjà qu’elle continue d’occuper sa suite à l’hôtel Ritz, pourtant réquisitionné comme quartier général des forces aériennes allemandes (Luftwaffe).
Et sa liaison avec von Dincklage est connue.

On sait aujourd’hui que sa collaboration avec les nazis a été plus active.

Coco Chanel a tenté d’utiliser les lois antisémites à son avantage.
En effet, son parfum, le célèbre Nº5, a été créé en association avec une famille d’industriels juifs, les Wertheimer.
Lorsqu’ils fuient l’Europe, Gabrielle manigance pour récupèrer leurs parts, qui s’élèvent à 90%.
Le 5 mai 1941, elle les réclame par courrier aux autorités allemandes.
Malheureusement pour elle, les Wertheimer ont anticipé l’aryanisation des biens juifs.
Avant de fuir aux États-Unis, ils ont cédé le contrôle des Parfums Chanel à leur ami, l’industriel Félix Amiots, qui le leur rend après la guerre.

Coco Chanel a également été recrutée comme espionne du renseignement allemand (l’Abwehr).
Les archives récemment déclassifiées révèlent qu’elle portait le nom de code « Westminster » et l’indicatif d’agent F7124.
On connaît une de ses missions (peut-être la seule) : l’opération « Modellhut » (lit. « chapeau de couture » en allemand).
En 1943, sur ordre nazi, Chanel se rend à l’ambassade de Grande-Bretagne à Madrid.
Elle doit faire parvenir une lettre à Churchill, rencontré par l’intermédiaire de son ancien amant, le duc de Westminster.
Les Nazis veulent conclure une paix séparée avec les Anglais.
Mais Churchill est averti de la collaboration de Chanel et ne donne pas suite.

Par contre, il semble que le Premier Ministre britannique n’était pas rancunier.
C’est sans doute lui qui intervient en sa faveur lorsque Coco Chanel est interrogée par un comité d’épuration des FFI, à la Libération en 1944.
Elle quitte alors Paris pour la Suisse où elle réside pendant dix ans.

4 – Aigrie

Après des années de vache maigre, la maison Chanel redevient tendance en 1954, lorsque Coco lance le tailleur tweed.
Elle a 71 ans … Et sa détermination devient aigreur.

Coco Chanel a toujours été une acharnée du travail, autoritaire et exigente.
Même revancharde.
Lorsqu’elle licencie ses 4000 ouvrières au début de la guerre, c’est en représailles des grèves de 1936 !

coco chanel

Et la vieillesse ne l’améliore pas !
Connue pour être avant-gardiste, elle critique violemment le port du jean et les mini-jupes.
Le New Look de Dior, la vague hippie et le féminisme la désolent.
Elle se montre sèche, tyrannique et acariâtre.
Dans une interview, l’écrivain Françoise Sagan dit ne pas aimer cette femme « épouvantable de méchanceté, de cruauté et d’antisémitisme« .

Coco Chanel meurt seule en 1971.
D’après ses amis, son caractère bien trempé cachait en fait une grande sensibilité et un profond désespoir.

Qu’en pensait Karl Lagerfeld ?

« Elle ne gagnait pas à être connue. Elle n’était pas politiquement correcte, ça nous évite la lèche. 
Pour moi, Chanel, c’est une idée, et cette idée, je la développe. 
Brune. Nerveuse. Méchante. Pas une victime. 
J’aime les femmes qui font chier les hommes. Jamais de ma vie je n’ai vu une embobineuse pareille. »

« J’aime ses débuts de femme entretenue et gourgandine qui refusait de finir en bonne ou en pute de bas étage. 
Je n’aime pas la vieille dame qui donnait des leçons et qui avait fini par ressembler à une vieille actrice de boulevard. »

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