Loie Fuller et Isadora Duncan, les débuts de la danse moderne

Entre technique et légèreté

Qu’est-ce que la danse moderne ?

La danse moderne est un courant artistique, apparu fin XIXème.
Il succède au ballet classique, école de la rigueur et de l’excellence.

Après des siècles de contraintes imposées, tant physiques que choréographiques, la danse moderne donne libre cours aux émotions.
Pas de chaussons ou tutus réglementaires : les danseurs modernes peuvent être pieds nus et utiliser leurs vêtements pour sublimer les mouvements.
Pas de recherche d’absolu et d’aérien : la danse moderne est davantage « dans le sol », faisant plier les jambes et le corps.

Ce nouveau courant révolutionne des siècles de danse plus rigide.
Ses bases sont posées par Loïe Fuller et Isadora Duncan.
D’autres noms le font également connaître : Ruth Saint Denis, Martha Graham et Doris Humphrey.
À la danse moderne succède la danse contemporaine, aux alentours de la Seconde Guerre Mondiale.

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Loïe Fuller : l’innovation serpentine

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Loïe Fuller dans la pièce Caprice de Howard P. Taylor. Photographie : Elliott & Fry

Mary Louise Fuller naît dans l’Illinois en 1862, loin du faste et des paillettes, plutôt en version fermière de l’Amérique profonde.

Elle commence une carrière artistique en tant que comédienne et c’est tardivement, en 1891, qu’elle découvre son potentiel de danseuse.
Elle joue une femme sous hypnose dans la pièce Quack Medical Doctor.
Dans sa longue chemise blanche, ses amples mouvements improvisés évoquent les battements d’aile d’un papillon.
Mary-Louise est chrysalide, elle se métamorphose en Loïe pour la scène.

En 1892, au Park Theatre de Brooklyn, naît son chef-d’oeuvre, la Danse Serpentine, chorégraphie novatrice et au succès immédiat, que de nombreuses imitatrices s’approprient.

Lorsque Loïe prend son envol vers Paris, prometteur berceau avant-gardiste, la révolution artistique qu’elle a initiée lui a emboîté le pas. Cependant, le directeur artistique des Folies Bergères, Edouard Marchand, la remarque et l’engage.

La performance scénique de Loïe Fuller est exceptionnelle, mais repose sur des heures de travail acharné.
Rien n’est laissé au hasard : elle invente un système de baguettes pour prolonger et faire tournoyer les voiles de ses bras.
Elle est la première à utiliser le tout neuf éclairage électrique et des miroirs à l’emplacement étudié pour mettre en scène des jeux de lumière dans des vagues de tissu léger.

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Loïe Fuller (1901). Photographie : BNFGallica

Le poète Stéphane Mallarmé, le sculpteur Auguste Rodin, le peintre Toulouse-Lautrec …
Beaucoup d’artistes la portent aux nues.
Mais également des penseurs, comme l’astronome Camille Flammarion ou les scientifiques Pierre et Marie Curie, qui lui inspirent La Danse du radium.

Loïe Fuller est avide de connaissances, de découvertes, d’innovation.

Son unique réticence : se faire filmer, alors qu’elle est l’amie d’Edison, pour ne pas se faire “enfermer dans une boîte”.
Loïe Fuller se libère. Tout d’abord des carcans (et du corset) du ballet classique.
Mais aussi du code moral de la Belle Époque, vivant librement avec une ancienne admiratrice, Gabrielle Bloch, sa compagne et associée jusqu’à sa mort.

Isadora Duncan, la grâce hellénique

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Isadora Duncan est également américaine mais la danse est toute sa vie.
Peu après sa naissance en 1877, son père banquier tombe en disgrâce.
Après le divorce parental, Isadora suit sa mère, qui vit de ses cours de piano.
La précarité est telle qu’Isadora doit donner des cours de danse aux enfants du quartier pour contribuer à l’économie familiale.

Peu adaptée au système scolaire et déçue par son expérience dans une compagnie new yorkaise, Isadora part en 1899 en Europe.

En France, Isadora Duncan rencontre Loïe Fuller, à la tête d’une école de danse, qui contribue à la faire connaître.

Naturellement gracile et spontanée, Isadora s’inspire des antiques figures grecques et du mouvement des vagues, elle n’envisage la danse qu’en plaisir spirituel, mais agréable et décomplexé, n’hésitant pas à montrer sa nudité lors de ses performances.

Le succès au parfum de scandale ne se fit pas attendre.
Isadora Duncan inspire également toute une génération d’artistes influents et ouvrit trois écoles de danse en Europe, transmettant sa vision de son art à des jeunes filles rebaptisée Isadorables.

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« La Vierge folle » inspiré d’un mouvement d’Isadora Duncan, de Rik Wouters. 1912, Musée en Plein Air du Sart-Tilman, Université de Liège

La notoriété n’épargne pas Isadora Duncan, comme lors de la mort accidentelle de ses deux très jeunes enfants.
Sa mort tragique en 1927 semble une ironie du sort.
Son étole de soie s’enroule dans une jante de sa voiture, provoquant son étouffement.
L’accident inspire à Gertrude Stein la citation suivante :
“L’affectation peut être dangereuse”.
Quelques mois plus tard, Loïe Fuller disparut à son tour, victime d’une pneumonie.

Autour de Loie Fuller et Isadora Duncan

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