« Le Déjeuner sur l’herbe » : Pourquoi Manet a-t-il fait scandale ?

Un pique-nique dont on parle encore !

déjeuner sur l'herbe

Le 15 mai 1863, les visiteurs du Salon des refusés n’en croient pas leurs yeux !
Cette représentation d’un pique-nique, présentée lors de cette contre-exposition parallèle au Salon officiel du Grand Palais, est inadmissible !
On dit même que Napoléon III, à l’initiative de cette deuxième chance offerte aux artistes dit Indépendants, a fait comme s’il n’avait pas vu l’oeuvre.
Le Déjeuner sur l’herbe, alors appelé Le Bain, choque tant qu’il est rapidement décroché, n’en déplaise à son auteur, Édouard Manet (1832-1883).

On vous explique pourquoi cette peinture a été un scandale, avant de créer la peinture moderne.

La Renaissance revisitée … Et ça ne se fait pas !

Une femme nue, assise dans l’herbe … A priori, il n’y a rien de choquant pour le XIXe siècle, grand amateur de la nudité mythologique.
Comme le signale l’écrivain Émile Zola dans une critique favorable au Déjeuner sur l’Herbe, « il y a au musée du Louvre plus de cinquante tableaux dans lesquels se trouvent mêlés des personnages habillés et des personnages nus. »

Manet s’est d’ailleurs inspiré d’œuvres existantes, qui représentent des groupes de personnages nus :

  • Le Concert champêtre, peinture de Titien (vers 1509)

Malgré de nobles références, Manet casse les codes approuvés par son époque.
Son nu n’est pas utilisé en allégorie, mais comme un prétexte de couleur qui attire le regard du spectateur.

L’artiste détourne même certains éléments couramment utilisés dans la peinture académique :

  • Le paysage bucolique, mais à peine esquissé, aux coups de pinceau visibles et aux couleurs trop contrastées pour être réelles.
  • Le groupe de personnages, mais qui semblent correspondre à différentes réalités (la femme nue entre deux hommes endimanchés, l’un parle, l’autre l’ignore)
  • La nature morte en premier plan, mais composée de fruits de saisons différentes.
  • Il existe une perspective, mais sans profondeur et la taille de la femme en arrière-plan est disproportionnée.

Le Déjeuner sur l’herbe est pensé pour paraître artificiel, à une époque où même la mythologie doit être représentée comme crédible. Alors forcément … Scandale !

Le nu, oui … Mais sans allusions !

Et ce n’est pas ce qui manque dans Le Déjeuner sur l’herbe !

Émile Zola l’a compris: « La femme nue du Déjeuner sur l’herbe n’est là que pour fournir à l’artiste l’occasion de peindre un peu de chair. »
En l’occurrence, celle du corps de sa femme, Suzanne Manet, sous le visage d’un autre modèle, Victorine Meurent.

Évidemment, ce personnage qu’elles forment à deux provoque par son regard qui dévisage le spectateur.
Une attitude effrontée attribuée aux femmes de petite vertu, un sujet qui ne s’expose pas en 1863.
Sa présence parmi des hommes habillés semble confirmer sa condition.

Et s’il y avait un doute, le spectateur finit d’être convaincu par d’autres pistes !

  • Le panier de fruits renversé symbolise la perte de l’innocence.
  • Parmi le pique-nique, se trouvent des coquilles d’huîtres, connues pour leur propriété aphrodisiaque.
  • En bas à gauche, on peut voir une grenouille … Et c’est ainsi que la jeunesse de l’époque surnommait les filles faciles.
  • Quant à la demoiselle en arrière-plan, on ne sait pas exactement si elle lave son intimité ou se soulage dans l’eau … Mais le Tout-Paris a détesté y penser !

Un Déjeuner sur l’Herbe qui fait Histoire

Lorsqu’il a conçu son tableau, Manet s’est rappelé de baigneuses sortant de l’eau à Argenteuil.
Mais sa volonté était délibérément de choquer le Tout-Paris qui viendrait au Salon des refusés.
Il se serait même écrié : « Il paraît qu’il faut que je fasse un nu. Eh bien je vais leur en faire, un nu. »

Et quel nu ! Un qui provoqua le sarcasme et dû être rapidement décroché de l’exposition.
Mais qui marqua les débuts de ce mouvement artistique d’avant-garde : l’impressionnisme.

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