Les dessous des Demoiselles d’Avignon (1907)

Cinq femmes aguicheuses sur 2×2 mètres

les demoiselles d'avignon

Avignon est en Espagne !

En 1907, Picasso habitait Paris et il peint Les Demoiselles d’Avignon dans l’atelier du Bateau-Lavoir, cité bohème à Montmartre.
Mais ses sujets, quant à elle, n’ont peut-être jamais été en France.

L’oeuvre s’appela d’abord El burdel d’Aviñón, ce qui ne plaisait pas du tout au marchand de Picasso.
Ce ne fut qu’à partir de 1916, qu’on lui donna, pour le Salon d’Antin, son nom français actuel.

Ainsi, les cinq femmes de la toile font référence aux prostituées du Carrer d’Avinyó, à Barcelone, la ville où grandit l’artiste.
Donc rien à voir avec la ville et son pont sur lequel on danse !

1 chef d’oeuvre, 5 demoiselles, des centaines de brouillons !

Pablo Picasso a beaucoup médité son oeuvre avant de la réaliser … C’est le moins que l’on puisse dire !
Des centaines de croquis et dessins préparatoires avant d’obtenir Les Demoiselles d’Avignon telles que nous les connaissons.

Ironie du sort : l’oeuvre est volontairement non achevée par l’artiste !

Selon les esquisses retrouvées, Picasso voulait y faire figurer un matelot (client type des femmes de petite vertu), un étudiant en médecine (référence aux maladies vénériennes), ainsi qu’un repas pour les filles.
De celui-ci, ils ne restent qu’un panier de fruits dans lequel on reconnaît une grappe de raisins (symbole de la luxure romaine) et une pomme (référence à la tentation d’Ève).

Un accueil mitigé

Les Demoiselles d’Avignon en a outré plus d’un !
En ce début de XXème siècle, le public n’est plus dérangé par le nu. Et sans doute, le changement de nom de l’oeuvre a évité de comprendre qu’il regardait des prostituées.
Alors pourquoi l’oeuvre a-t-elle choqué ? En raison de sa réalisation.

Picasso expérimente autour de la géométrie et des formes représentées. Dans ses oeuvres, rien n’apparaît pas tel que l’oeil le perçoit. Les images sont brisées en multiples facettes, la perspective traditionnelle est inversée. Un visage peut montrer, à la fois, un profil et une moitié de face.
Cette destruction des formes du réel ne plaît pas aussitôt. Il semblerait qu’Apollinaire, précurseur du surréalisme, n’ait pas été touché par Les Demoiselles d’Avignon.

Le poète et écrivain André Breton a, lui, été particulièrement enthousiaste. Il l’appela « l’évènement capital du XXème siècle« , dont il fallait parler « d’une façon mystique ». Grâce à son intervention, Picasso céda le tableau au couturier Jacques Doucet en 1924 pour 25.000 francs.

Matisse, Cézanne, Braque et les autres …

Les Demoiselles d’Avignon comme la première peinture cubiste. Il faut dire que Pablo Picasso ne s’est pas privé pour répéter à l’envi qu’il était le père fondateur de ce nouveau mouvement.

Cependant, il faut rappeler ses influences et ses collaborateurs.

Notamment Georges Braque, son ami, avec qui il étudia les lignes de contour de Paul Cézanne.
Matisse considérait, d’ailleurs, le tableau Maisons à l’Estaque de Braque, comme la véritable première oeuvre cubiste (1907).

Picasso créa un dialogue pictural avec ces deux artistes.

En 1908, Braque répondit à Picasso et ses Demoiselles avec Le Grand Nu, oeuvre moins radicale qui montre une baigneuse déformée sur fond gris et rose.

les demoiselles 'avignon
Georges Braque – Le Grand Nu
les demoiselles d'avignon
Georges Braque – Maisons à l’Estaque

Quant à Matisse, Les Demoiselles d’Avignon s’inspira de La Joie de Vivre (1906).
Encore des femmes nues sur des teintes rouges piquées de bleu.
Et plus tard, Matisse rétorqua à Picasso avec La Danse (1910).

les demoiselles d'avignon
Henri Matisse – La joie de vivre
les demoiselles d'avignon
Henri Matisse – La danse

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*