Diogène, l’homme qui a tenu tête à Alexandre le Grand

Et sa célèbre punchline « ôte-toi de mon soleil » !

Diogène
Diogène par Jean-Léon Gérôme (1824–1904)

Par Jeanne D’Anglejan

Mais qui est Diogène, l’homme qui, sans même se lever, adresse au puissant Alexandre le Grand cette phrase tout aussi puissante ?

Les débuts de Diogène

Quand Diogène naît en 413 av. J.-C. à Sinope (Turquie actuelle), personne ne se doute qu’il deviendra un philosophe iconique (et ironique !).
Parce que son père est accusé d’avoir créé de fausses monnaies, on condamne Diogène à l’exil.
À son arrivée à Athènes, il rétorque à ceux qui se moquent de son exclusion :

« Ce n’est pas moi qui suis exilé, c’est moi qui ai assigné les habitants de Sinope à résidence ! »

Voilà, vous avez le personnage !

Diogène de Sinope devient vite un disciple de Platon, mais il s’éloigne plus tard de sa philosophie.

Diogène se met alors à pratiquer un mode de vie austère.
L’été, il se roule dans le sable chaud.
L’hiver, il se colle aux statues gelées.
Il vit dans un grand tonneau, ce qui lui vaut d’ailleurs le surnom de Diogène le tonneau.

Le « chien » …

Diogene par John William Waterhouse (1882)

Diogène se fiche des conventions sociales et méprise la société athénienne.
Il ne respecte aucun usage, affirme son anticonformisme, se soulage publiquement (et même pire !), manque de respect aux athéniens …

Diogène est aussi connu pour s’être promené, en plein jour, dans Athènes avec une lanterne, clamant à qui voulait l’entendre : « Je cherche un homme ».

Sa philosophie cynique peut aujourd’hui être considérée par certains comme absurde, puisqu’elle va à l’encontre de tous les usages.
Sachez que « cynique » vient du grec « sinos« , qui signifie « chien »
Tout à fait l’animal que Diogène veut imiter.

D’ailleurs, en 327 av. J.-C., à la veille de sa mort, il demande à ne pas être enterré mais à ce que son cadavre soit dévoré par les chiens.

En 1975, la gériatre américaine Allison N.Clark décrit pour la première fois un trouble du comportement présent chez des patients isolés.
Son principal symptôme est l’accumulation compulsive d’objets insalubres.

Clark l’appelle Syndrome de Diogène, en référence au philosophe peu porté sur son hygiène personnelle !

Le célèbre homme d’affaires et ami des stars hollywoodiennes Howard Hughes (1905-1976) en était atteint à la fin de sa vie.

… le prince et le soleil !

Alors comment ce philosophe, rejeté bien qu’admiré pour son audace, en a-t-il été amené à rencontrer Alexandre le Grand ?

Eh bien à la fin de sa vie, Diogène vit à Corinthe.
Alexandre, roi de Macédoine, qui a entendu parler de lui, vient le trouver dans son tonneau.
Du haut de son célèbre cheval Bucéphale, Alexandre donne à Diogène carte blanche.
« Demande moi ce que tu veux, je te le donnerai ».

Diogène, à terre, lève les yeux vers Alexandre et lui rétorque avec panache : « Ôte-toi de mon soleil ! ».

Alexandre s’est-il étonné de cette réponse ? En tout cas, il ne se fâche pas.
Il faut dire que son précepteur était Aristote : peut-être que la sagesse enseignée par celui-ci a permis à Alexandre de ne pas réagir « à chaud ».

Au contraire, il dira à ses officiers : « Si je n’étais pas Alexandre, je voudrais être Diogène ».
Ainsi, on peut être roi et grand prince !

Diogène
Diogène et Alexandre par Gaetano Gandolfi (1792)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *