Frida Kahlo, la souffrance dans l’autoportrait

Une oeuvre clivante entre culture mexicaine et surréalisme

La colombe et l’éléphant

La passion de l’art et de la politique

Frida Kahlo et Diego Rivera … Un couple très mal assorti : une frêle colombe et un écrasant pachyderme.

frida kahlo

Frida Kahlo (1907-1954) a pu observé dès 1922 le travail de Diego Rivera (1886-1957). Il a réalisé une peinture murale dans l’auditorium de son école.  Elle admire le peintre, qu’adoraient Picasso et André Breton, et au fil des années, tente de connaître son avis sur ses propres oeuvres. En 1928, c’est par l’intermédiaire de la photographe Tina Modotti qu’elle le rencontre. Il a 21 ans de plus qu’elle, a été marié, a deux enfants et c’est un ogre aux multiples conquêtes.

Il tombe amoureux de la jeune femme et de son talent :

Les toiles révélaient une extraordinaire force d’expression, une description précise des caractères et un réel sérieux. (…)
Pour moi, il était manifeste que cette jeune fille était une véritable artiste. 

Alors que Diego peint avec des gestes amples d’immenses fresques à la gloire du monde ouvrier, la minutieuse Frida utilise ses toiles comme un journal intime. Elle s’inspire de ses propres émotions et tourments mais également de la nature et la culture mexicaines, aux couleurs chatoyantes.

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Bien qu’ils voyagent en Europe et aux États-Unis, les deux artistes, mariés depuis 1929, prônent le mexicanisme.
On retrouve dans leurs oeuvres des figures précolombiennes et des sources typiques de l’art populaire.
Après avoir porté des vêtements masculins, Frida revêt la robe Tehuana, costume régional dans lequel elle se représente souvent dans ses autoportraits.

Ensemble ils militent pour le régime soviétique, suivant plutôt Lenine et accueillant Trotzki exilé.
Ces idées, qui se retrouvent dans leurs oeuvres, les unissent.

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Les déchirements

Le couple vit cependant une relation tumultueuse.

Pendant leur séjour aux Etats-Unis, Diego Rivera connaît des difficultés avec une oeuvre murale commandée par les Rockefeller. Malgré tout, il reste fasciné par ce pays capitaliste démesuré, tandis que Frida s’y ennuie et en a assez des américains.

Et puis il y a les infidélités. Diego Rivera continue d’être le séducteur qu’il était et Frida l’accepte plus ou moins. Elle prône l’émancipation de la femme mexicaine et connaît, elle-aussi, des aventures avec des hommes et femmes.

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Leur mariage se rompt cependant après deux trahisons impardonnables. En 1935, Diego Rivera a une liaison avec Cristina, la soeur de Frida, qui lui servait de modèle. Profondément blessée, Frida quitte le domicile conjugal pour un long séjour à New York. Elle ne revient au Mexique que lorsque la liaison prend fin.

En 1937, Frida Kahlo accueille Léon Trotzki et son épouse dans sa « Maison bleue ». Le couple fuit Staline et se réfugie au Mexique grâce à l’appui du gouvernement. Frida et Trotzki auront également une brève liaison passionnée, que Rivera vivra mal à son tour.

Frida Kahlo et Diego Rivera divorcent en novembre 1939. Ils se remarieront en décembre 1940 et resteront unis jusqu’à la mort de Frida en 1954.frida khalo

Frida Kahlo et la douleur physique

Une jeunesse marquée par les drames

À l’âge de six ans, Frida contracte la poliomyélite. Sa convalescence dure neuf mois, sa jambe droite s’atrophit et le pied ne grandit pas normalement. Malgré les exercices de rééducation et les soins attentionnés de son père, lui-même souffrant d’épilepsie, Frida garde des déformations visibles qui la complexeront toujours. Appelée « Frida-la-boiteuse » dans son enfance, elle utilisera des années plus tard la longue robe Tehuana pour se cacher.

Le grand drame de sa vie a lieu dix ans plus tard. Le 17 septembre 1925, Frida monte dans un autobus qui doit la conduire à l’école. Le véhicule collisionne avec un tramway et cet accident provoque la mort de plusieurs personnes. Une barre de métal transperce son abdomen, sa jambe subit onze fractures et le bassin, les côtes et la colonne vertébrale sont brisés.

Les douleurs l’accompagnent tout au long de sa vie et Frida Kahlo devra se faire opérer plusieurs fois sans grand succès. Comme elle doit rester alitée de long mois et porter des corsets en plâtre, elle s’occupe en les peignant. Sa famille lui installe un lit à baldaquin avec un miroir : elle devient son premier modèle.

Je me peins parce que je passe beaucoup de temps seule et parce que je suis le motif que je connais le mieux. 

Des déceptions traumatisantes

L’accident de circulation a provoqué un syndrome d’Asherman, maladie utérine qui cause de nombreuses fausses couches à Frida Kahlo. Bien qu’avertie par les médecins, elle désire ardemment un enfant de Diego, qui lui, se désintéresse de la paternité. La déception et la douleur qui accompagnent la perte des foetus sont inscrits dans plusieurs de ses peintures. Frida Kahlo représente la maternité perdue sans complexe et décrit presque cliniquement l’horreur de la situation sans fioriture.

À la fin des années 40, l’état de santé de Frida Kahlo empire. En 1950, elle est hospitalisée à l’hôpital ABC de Mexico où elle subit 7 opérations de la colonne vertébrale. La douleur ne disparaissant pas, elle connaît une grande déception, elle croyait au succès des interventions.
Elle ne peut plus marcher et se déplace dans un fauteuil roulant. Son travail s’en ressent : elle ne réalise plus que quelques autoportraits et peint surtout des natures mortes aux traits plus légers.
En 1953, les médecins décideront d’amputer sa jambe jusqu’au genou. Elle sombre dans un désespoir tranquille, désirant la mort qui viendra en 1954, suite à une embolie pulmonaire.

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Pour créer son propre paradis, il faut puiser dans son enfer personnel. Frida Kahlo

Au sujet de Frida Kahlo

Dans la littérature : Diego et Frida, de J.M.G Le Clézio
Au cinéma : Frida (2002) de Julie Taymor, avec Salma Hayek
Journal de Frida Kahlo (1995), Éditions Chêne

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