Frida Kahlo et la souffrance

Les raisons d’une oeuvre clivante

Frida Kahlo (1907-1954) utilisait ses toiles comme un journal intime.
Son oeuvre se comprend à travers son histoire tourmentée.

« Pour créer son propre paradis, il faut puiser dans son enfer personnel. »
_ Frida Kahlo

1 – La poliomyélite 

Frida contracte cette maladie infectieuse à l’âge de six ans.
Sa convalescence dure neuf mois.
Malgré les exercices de rééducation, sa jambe droite s’atrophie et le pied ne grandit pas normalement.
Complexée, elle commence à porter la longue robe Tehuana, pour se cacher.
Frida se représente souvent dans cette tenue traditionnelle mexicaine.

2 – L’accident

Le 17 septembre 1925, la jeune Frida monte dans un autobus qui doit la conduire à l’école.
Le véhicule collisionne avec un tramway et cet accident provoque la mort de plusieurs personnes.
Une barre de métal transperce son abdomen.
Sa jambe subit onze fractures et le bassin, les côtes et la colonne vertébrale sont brisés.

Les douleurs l’accompagnent tout au long de sa vie et Frida Kahlo devra se faire opérer plusieurs fois sans grand succès.
Comme elle doit rester alitée de long mois et porter des corsets en plâtre, elle s’occupe en les peignant.
Sa famille lui installe un lit à baldaquin avec un miroir : elle devient son premier modèle.

« Je me peins parce que je passe beaucoup de temps seule
et parce que je suis le motif que je connais le mieux. « 

Frida Kahlo

Autoportrait au singe (1938)

Frida Kahlo

Autoportrait aux cheveux défaits (1947)

3 – Diego Rivera

En 1922, Frida Kahlo voit Diego Rivera (1886-1957) réaliser une peinture murale dans l’auditorium de son école.
C’est déjà une icone dans le milieu artistique : Picasso et André Breton l’adorent.
Elle le rencontre officiellement en 1928, par l’intermédiaire de la photographe Tina Modotti.

Diego a 21 ans de plus qu’elle, une ex-femme, deux enfants et de multiples conquêtes.
Pourtant, il tombe amoureux de Frida et de son talent :

« Les toiles révélaient une extraordinaire force d’expression, une description précise des caractères et un réel sérieux. (…)
Pour moi, il était manifeste que cette jeune fille était une véritable artiste. » 

Un couple très mal assorti, comparé à une frêle colombe et un écrasant pachyderme, se marient en 1929.
Ensemble, ils prônent le mexicanisme dans leurs oeuvres et militent pour le régime soviétique.

Le couple vit cependant une relation tumultueuse.
Diego Rivera continue d’être le séducteur qu’il était et Frida l’accepte plus ou moins.
Elle prône l’émancipation de la femme mexicaine et connaît, elle-aussi, des aventures bisexuelles.

frida kahlo

Leur mariage se rompt cependant après deux trahisons impardonnables.

  • En 1935, la liaison de Diego avec Cristina, la soeur de Frida.
  • En 1937, la liaison de Frida avec Léon Trotzki, qui a fui Staline et s’est réfugié dans la « Maison bleue » du couple.

Frieda Kahlo et Diego Rivera (1931)
Sans doute inspiré d’une photo de leur mariage.
L’admiration pour Diego se voit dans la différence de grandeur exagérée et dans la palette et les pinceaux : pour Frida, l’artiste, c’est lui.

Quelques petites piqûres (1935)
Pour illustrer la douleur de l’infidélité de Diego avec sa soeur, Frida s’inspira d’un fait divers.
Un homme tua sa femme de plusieurs coups de couteau et s’était défendu en disant « Ce n’était que quelques petites piqûres ! ».

Frida Kahlo et Diego Rivera divorcent en novembre 1939.
Ils se remarient en décembre 1940 et restent unis jusqu’à la mort de Frida en 1954.

4 – Le Déracinement

Frida Kahlo est très attachée à sa vie et au folklore mexicains.
Lorsque les Rockefeller commandite une oeuvre murale à Diego Rivera, elle l’accompagne à contre-coeur aux États-Unis.

Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les États-Unis (1932)

Malgré les difficultés posées par ses mécènes, Rivera reste fasciné par ce pays capitaliste démesuré.
Mais, Frida ne s’y plaît pas, comme en témoigne sa peinture.

Frida Kahlo

Les deux Fridas (1939)
Réalisé après son divorce.
Elle montre ses deux personnalités reliées : sa part mexicaine en costume Tehuana et l’européenne qui se vide de son sang.

Ce que je vis dans l’eau (1938)
Ou ce que l’eau me donna.
Ce tableau contient divers éléments d’autres de ses tableaux.


5 – Les fausses couches

À cause de son accident de circulation, Frida Kahlo a un syndrome d’Asherman, une maladie utérine qui empêche de mener à terme une grossesse.
Bien qu’avertie par les médecins, elle désire ardemment un enfant de Diego et se risque à tomber enceinte.
Elle fait deux fausses couches.
La déception et la douleur qui accompagnent la perte des foetus sont inscrits dans plusieurs de ses peintures.
Frida Kahlo représente la maternité perdue sans complexe et décrit presque cliniquement l’horreur de la situation sans fioriture.

6 – Les chirurgies

L’état de santé de Frida Kahlo empire avec les années.
En 1950, elle est hospitalisée à l’hôpital ABC de Mexico où elle subit 7 opérations de la colonne vertébrale.
Elle perd l’usage de ses jambes et doit se déplacer en fauteuil roulant.
En 1953, les médecins décident d’amputer sa jambe jusqu’au genou.
Elle sombre dans un désespoir tranquille, désirant la mort qui vient en 1954, suite à une embolie pulmonaire.

Henry Ford Hospital ou Le lit volant (1932)
Le 4 juillet 1932, Frida Kahlo fait une fausse couche à Détroit.
Perdus dans ce désert technologique et inhospitalier, le lit et sa patiente transmettent un sentiment de solitude et d’abandon.

La colonne brisée (1944)
Son état de santé a empiré et Frida doit porter un corset de métal.
Le paysage et les larmes traduisent parfaitement la solitude de la souffrance.

Au sujet de Frida Kahlo

Dans la littérature : Diego et Frida, de J.M.G Le Clézio
Au cinéma : Frida (2002) de Julie Taymor, avec Salma Hayek
Journal de Frida Kahlo (1995), Éditions Chêne

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