Serge Gainsbourg : ses chansons à l’Eurovision

Quand le concours était prestigieux …

Eurovision 65 : Gainsbourg fait gagner France … Gall !

La seule victoire qui a marquée la mémoire collective de l’hexagone n’est même pas française ! La chanteuse France Gall et le tube de Gainsbourg « Poupée de cire, poupée de son«  concouraient pour le Luxembourg.

Comme souvent chez Serge Gainsbourg, la chanson a un double sens. Et France Gall le sait bien, elle qui en a fait les frais avec « Les Sucettes » !
Dans « Poupée de cire, poupée de son », pas d’allusion sexuelle mais des métaphores qui dépassent la petite histoire d’une « Baby Doll ».
Le champs lexical de la poupée, autrefois à la tête en cire et au corps rembourré de graines de céréale, se mêle à celui du disque. À ses débuts, le son s’enregistrait grâce au phonographe, dont le cylindre était réalisé en cire.
Et oui, derrière cette chanson apparemment gentillette, il y a de l’érudition ! Du Gainsbourg, quoi !

En 1965, pour son 10ème concours, l’Eurovision est retransmise pour la première fois dans toute l’URSS. L’édition gagne en audiences … Autant dire que c’était vraiment cette année-là qu’il fallait gagner ! Jackpot pour Gainsbourg qui a désormais l’opportunité de faire du sur mesure pour davantage d’artistes féminines.
Pour France Gall, la victoire a un tout autre goût. Déjà aux répétitions, elle dût supporter les sifflements de l’orchestre qui détestait le rythme de la chanson (pourtant inspirée du prestissimo de la Sonate pour piano nº1 en fa mineur de Beethoven). Une fois désignée gagnante, France Gall se fait gifler par la candidate anglaise dont le titre semblait formaté pour la première place. Et pour finir en beauté, elle téléphone à son amoureux pour partager son succès et celui-ci, jaloux et aigri, rompt en l’insultant … Une journée formidable ! (Pour l’anecdote, le fiancé amer, c’était Claude François.)

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Eurovision 67 : Gainsbourg aurait pu s’abstenir !

Passons très rapidement sur le deuxième titre proposé par Gainsbourg à l’Eurovision. Cette fois, l’interprète est Minouche Barelli, dont le père dirigeait ce soir-là l’orchestre du concours. Ce détail ne lui porta pas chance. Monaco, qu’elle représentait, finit 5ème (ce qui est honorable mais insuffisant pour lancer durablement une carrière. Il faut dire que la pauvre chanteuse n’est pas tombée sur un chef-d’oeuvre ! Boum Badaboum n’est pas passé à la postérité des tubes gainsbouriens.

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Eurovision 75 : La chanson interdite qui doit beaucoup à Etienne Daho

EurovisionDani est une artiste qui côtoie les yé-yés mais qui a surtout tourné pour François Truffaut dans La Nuit Américaine (1973). Également chanteuse, on la choisit pour représenter la France à l’Eurovision en 1974. Cependant, en raison des obsèques du Président Pompidou, la France se retire du concours et Dani n’a pas l’occasion d’entonner « La vie à vingt-cinq ans ».

On refait appel à elle l’année suivante, elle accepte à condition de proposer un titre de Gainsbourg. Elle n’est pas déçue. « Comme un boomerang » ressemble à ce que l’auteur a fait de mieux … Par contre, le diffuseur est choqué par le vocabulaire de la chanson : « larmes dingues », « bringue », « fous à lier », « je me flingue » … Autres temps, autres moeurs !

Du coup, pas d’Eurovision pour Dani et pas de single pour Gainsbourg.
Le morceau a « dormi » pendant plusieurs années dans les tiroirs de la maison de disques. Étiqueté « Dani » et non « Gainsbourg », personne ne s’y est intéressé …
Jusqu’à la fin des années 1990, quand Etienne Daho décide de relancer la carrière de son amie. En 2001, ils reprennent en duo « Comme un boomerang » et c’est un succès. Il faudra attendre 2011 pour découvrir la maquette enregistrée par Gainsbourg lui-même.

Eurovision 90 : Et depuis on n’a pas fait mieux …

Ex-Zouk Machine, Joëlle Ursull doit représenter la France en 1990. Elle interprète à l’Eurovision « White and Black Blues« , aux paroles de Gainsbourg qui dénonce le racisme. Et enfin, la France monte sur le podium : 2ème place ex-aequo. De mémoire, ce n’est plus trop arrivé depuis ! Joëlle Ursull avait renoncé au trio guadeloupéen pour une carrière solo.
Le hasard fit que la même année, sa chanson et celle de ses copines, Maldon (mais si, vous connaissez … La musique dans la peau !), dominèrent le Top 50. D’énormes succès avant … le silence !

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