Jacques Brel : une femme, une chanson

Il n’aimait pas que « Jojo » et le « plat pays »

Il les a beaucoup chanté tout en ayant des relations compliquées avec elles, à la limite de la misogynie.

« Je n’aime pas beaucoup les femmes car elles sont un peu l’ennemi. (…)
Je me méfie d’elles parce que j’ai horreur de souffrir, d’avoir mal aux dents, et puis ça ne sert à rien … (…)
Les femmes sont toujours en dessous de l’amour dont on rêve et comme je suis assez romantique et sentimental, je ne m’en cache pas du tout, la femme est un peu à côté de l’amour, à côté du rêve que j’ai. »
Jacques Brel

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Voici quatre de ses chansons qui expliquent (malgré lui ?) ses rapports avec elles.

La chanson des vieux amants – Miche, l’épouse

Jacques Brel a été marié pendant 28 ans à la mère de ses trois filles, Thèrese Michielsen, dite Miche.
Il l’épouse en 1950 mais dès 1953, il part à Paris vivre son rêve de musique … et ses conquêtes.

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« Comme j’étais au courant de tout, il n’y avait pas tromperie de sa part et il y avait acceptation de la mienne. Quand on accepte quelque chose, on ne gémit pas toute la journée. » Miche

Jacques Brel n’est ni un mari ni un père présent.
Cependant, il refusera toujours de divorcer.
Miche est le port où il revient sans cesse, après chaque histoire d’amour décevante.

Il lui écrit un soir de 1960 :

« Tu mériterais surtout plus d’amour, ma Mie, alors que je n’arrive qu’à te donner toute la gentillesse et la tendresse dont je suis capable. (…)
Mais peut-être sommes-nous maintenant au-dessus ou plutôt par-delà l’amour. Complices, gentils et tendres.
Car enfin nous devrions nous détester et toi, je crois que tu m’aimes beaucoup, et moi, et même si j’ai ce que les sots appellent « de coupables faiblesses », je ne fais jamais rien qu’en fonction de Toi et des nôtres. »

Comment ne pas voir dans les paroles de « La Chanson des vieux amants » un joli message pour celle qui l’aimera malgré tout ?

La fanette – Isabelle Aubret, l’amie

La fanette est l’histoire d’un homme qui voit son ami lui voler sa petite amie.
Le couple meurt en mer et ce n’est peut-être pas un accident …

Pendant sa tournée en 1963, Jacques Brel interprète cette chanson.
Isabelle Aubret, qui fait sa première partie, lui demande l’autorisation de l’interpréter.
Il accepte, lui permettant même de changer quelques paroles pour qu’elle puisse se l’approprier.

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Isabelle Aubret est alors en pleine ascension.
Gagnante de l’Eurovision 1962 pour la France avec « Un premier amour« , elle fait la première partie de Jean Ferrat qui lui a écrit « Deux enfants au soleil« .
Elle est même pressentie pour le rôle principal dans Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy.

Cependant, un accident de voiture interrompt ses débuts prometteurs.
Après de multiples opérations, une longue rééducation l’empêche de remonter sur scène.

Ému par sa situation, Jacques Brel lui prouve son amitié en lui cédant les droits sur « La Fanette ».
Elle pourra également compter sur son autre ami, Jean Ferrat.
Avec sa parolière Michelle Senlis, il lui écrit la très célèbre chanson « C’est beau la vie« , avec laquelle elle renoue avec le succès.

Pour réécouter Isabelle Aubret chanter « La Fanette », cliquez ici.

Ne me quitte pas – Suzanne Gabriello, la maîtresse

Des femmes, Jacques Brel en a eu plusieurs.
Mais des maîtresses qui lui inspirèrent des chefs-d’oeuvres, il n’y en eu très peu.
D’ailleurs, il affirmait que son morceau le plus connu, « Ne me quitte pas », n’était pas ce que l’on croit.

« C’est l’histoire d’un con et d’un raté (…) Un hymne à la lâcheté des hommes.
C’est jusqu’où un homme peut s’humilier.
Je sais qu’évidemment ça peut faire plaisir aux femmes qui en déduisent, assez rapidement semble-t-il, que c’est une chanson d’amour.
Et ça les réconforte ; et je comprends bien ça… »
Jacques Brel

Si Édith Piaf vit en « Ne me quitte pas » un aveu de faiblesse (« Un homme ne devrait pas chanter des trucs comme ça ! »), une autre chanteuse préféra y voir un cri d’amour.
Suzanne Gabriello, artiste et présentatrice à l’Olympia, faisait partie de la tournée 1955 de Jacques Brel.
Leur histoire fut une succession de hauts et de bas, qui prit définitivement fin en 1961.
D’après elle, « Ne me quitte pas » serait naît en 1959, après une énième rupture amoureuse.

Peu importe la raison de sa création.
La chanson est désormais un standard, repris dans plusieurs langues (de l’anglais au tchèque, en passant par le wolof) et par des artistes de tout bord musical (Ray Charles, Brian Molko, Yuri Buenaventura et jusqu’à Maître Gims).

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Les Marquises – Maddly Bamy, la dernière compagne

En 1972, Jacques Brel est aux Antilles pour tourner « L’aventure c’est l’aventure » de Claude Lelouch.
Le film a traversé les décennies, en particulier pour la très célèbre scène où Aldo Maccione et les autres malfrats roulent des mécaniques.

Parmi les figurantes qui croisent la fine équipe, une guadeloupéenne de 29 ans, ancienne Clodette et ex d’Alain Delon : Maddly Bamy.

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Jacques Brel en tombe amoureux et en 1974, ils partent ensemble faire le tour du monde, à bord du voilier l’Askoy.
Affaibli par un cancer du poumon, le chanteur renonce à son projet et le couple s’installe aux îles Marquises.

C’est en 1977 qu’il immortalise son amour pour l’archipel polynésien dans sa dernière chanson : « Les Marquises« .
Il y évoque le peintre Paul Gauguin et la beauté des paysages, le temps qui passe ailleurs mais comme suspendu dans ces îles.

Jacques Brel est enterré au cimetière d’Atuona, non loin de la tombe du peintre postimpressionniste.
Sur sa plaque funéraire, on peut voir les portraits du chanteur et de sa dernière compagne Maddly, associés à jamais aux îles qu’il aimait tant.

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