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Décrypt’Art : Tout savoir sur Le Baiser de Klimt

Hymne à l’amour

baiser klimt

Le Baiser est la plus célèbre peinture du maître symboliste Gustav Klimt (1862-1918).
ll réalise cette huile sur toile de 180×180 cm, recouverte de feuilles d’or, à l’apogée de sa période dorée. Retour sur l’une des plus belles représentations d’amour de l’histoire de l’art … Et sur celle qui l’inspira.

Le Baiser : Ce que l’on voit

Le Baiser montre l’étreinte de deux amoureux, isolés du monde, comme dans un rêve.

Le couple

C’est le sujet principal de la toile, positionnée à l’intersection des quatre lignes de force.

L’homme, dont on ne voit pas le visage, se penche avec fougue sur une femme aux yeux mi-clos, qui offre la beauté de ses traits et son extase au spectateur.
L’homme semble d’abord plus grand et dominateur, puisqu’il enveloppe la femme et entoure sa tête de ses mains. Cependant, on devine par la position de son pied qu’elle est agenouillée et donc plus haute que son amant.
Une subtile façon d’indiquer un rapport de force inversé, appuyé par l’expression consentante du visage de la femme.

Tous deux portent une cape dorée, sorte de manteau nuptial, mais chacun avec des motifs différents.
L’homme est associé à des rectangles gris, noirs et blancs, symbole de la puissance masculine.
La femme porte des cercles multicolores. souvent placés en corolles, la fleur évoquant sa sexualité. D’ailleurs, sa tenue laisse entrevoir davantage de peau (une épaule, un bras, les mollets, les pieds nus).

Ainsi, Klimt utilise la géométrie pour distinguer leur genre mais il les associe armonieusement.

le baiser klimt

Le décor

Gustav Klimt a revêtu l’arrière-plan du Baiser d’une poudre dorée qui rend le décor enchanteur.
Le couple semble au centre d’un cocon magique.

Les amants s’enlacent pourtant sur un sol végétal, qui tranche avec l’arrière-plan uniforme.
Des plantes, comme du lierre (ce que l’homme porte en couronne), nouent le corps de la femme au parterre de fleurs. Elles peuvent être interprétées comme la continuation de sa chevelure, un élément important dans l’art symboliste.

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Quelques infos sur Gustav Klimt

  • Né près de Vienne en 1862, Gustav Klimt grandit dans la pauvreté. Moqué par les autres enfants, il se réfugie très tôt dans le dessin.
  • D’abord formé par son père orfèvre, Gustav intègre à 14 ans l’École des arts et métiers de Vienne. À sa sortie, il se fait rapidement un nom comme peintre décorateur et travaille sur de grands monuments.
  • Gustav Klimt est un artiste engagé pour l’Art moderne. D’abord au sein de la Sécession viennoise, puis dans les avant-gardes (comme le fauvisme), il cherche à unir tous les arts dans une oeuvre.
  • On connaît particulièrement sa période dorée, dont fait partie Le baiser. Mais aussi sa frise Beethoven (1902-1903).
  • Gustav Klimt vit avec sa mère et ses soeurs, mais a eu plusieurs aventures. Dont la styliste Emilie Louise Flöge, qui reste sa principale compagne jusqu’à la fin de sa vie.
  • Le peintre, décorateur, céramiste et dessinateur Gustav Klimt décède d’une congestion cérébrale le 6 février 1918.

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L’oeuvre expliquée

Klimt n’a jamais clairement expliqué Le Baiser.
Cependant, il est commun d’y voir une représentation de l’artiste lui-même et de sa compagne Emilie Flöge.
Depuis le début de leur relation en 1891, Klimt réalise plusieurs portraits et photographies de la styliste.

Les deux amants se rencontrent grâce au frère de Gustav, Ernst, marié à Hélène, la soeur d’Emilie.
Cette proximité familiale permet au peintre d’en faire sa plus fréquente modèle sans dévoiler sa vie privée si discrète.

Depuis 2008, on croit voir dans l’oeuvre une représentation d’un mythe grec relaté par Ovide.
Le dieu Apollon, fou amoureux de la nymphe Daphné, la poursuit inlassablement. Elle supplie alors son père, le dieu fleuve Pénée, de la métamorphoser en laurier pour lui échapper.
Cependant, si Klimt reprend l’iconographie de cette légende (comme les plantes grimpantes qui se mélangent au corps de la femme), son Baiser ne peut être pris pour une étreinte forcée.

S’il faut chercher des influences au tableau de Klimt, en voici deux autres (certaines, cette fois) : les estampes japonaises et la mosaïque, un procédé qu’il pratique dès ses études à Vienne.

Sans Le Baiser, plus de Klimt !

Klimt commence à peindre son chef d’oeuvre en 1907.
Il a 35 ans et passe par un moment de panique artistique.

Son travail sur le plafond de l’université de Vienne a fortement déplu (trop de corps nus et de poses jugées lascives).
Au sein de son courant artistique, la Sécession viennoise, il y a de fortes tensions entre confrères. Alors que les réunissait l’envie d’aborder des thèmes jusque-là tabous, comme la violence et les étreintes, soudain certains artistes demandent plus d’académisme. Alors, Klimt quitte la Sécession viennoise, qui fait encore fureur.

Klimt est désavoué par la critique, le public et ses pairs.

Il se lance alors dans un projet pharaonique : l’organisation de la Kunstschau, une immense exposition d’art et d’artisanat qui doit avoir lieu entre juin et novembre 1908 à Vienne.
L’événement se veut une révolution du modernisme viennois … Ce sera un cuisant échec, détesté par la critique, et un gouffre financier.

Klimt aurait pu perdre toute crédibilité et tomber dans l’oubli après un tel fiasco.
Cependant, juste avant la fermeture de la Kunstschau, le gouvernement autrichien achète Le Baiser, qui y était exposé. On juge l’oeuvre d’intérêt national.

Grâce au Baiser, Klimt assure sa postérité et hisse sa passion pour Émilie Flöge au rang des histoires d’amour éternelles.

Au sujet d’Émilie Flöge

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