Les Hauts de Hurlevent : je t’aime, moi non plus

Quand Juliette tombe amoureuse de Grey …

Un classique torturé, un roman d’amour-haine qui fait peur.
Heathcliff et Cathy ont beau avoir plus de 150 ans, Les Hauts de Hurlevent (1847) est un incontournable qui ne vieillit pas.

L’histoire 

Fin XVIIIème siècle, dans les moors inhospitaliers du West Yorkshire. À Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent ou Hurlemont, suivant les traductions) vit la famille Earnshaw. De retour de voyage, le père ramène un jour chez lui un enfant qui semble bohémien, que l’on appelle Heathcliff. Si la petite fille de la famille, Catherine, devient peu à peu son amie, l’aîné Earnshaw, Hindley, le déteste.

Les années passent. Les parents meurent, le fils aîné s’aigrit, Heathcliff et Catherine s’aiment.
Pourtant, elle épouse de plein gré Edgar Linton, le délicat et riche héritier de Thrushcross Grange.

Heathcliff n’aura de cesse de se venger de son enfance méprisée et de la décision de celle qu’il aime autant qu’il déteste. Il faudra attendre la génération suivante pour que le bien pointe enfin le bout de son nez.

Un amour violent …

Autant vous le dire de suite, on est très loin des récits à l’eau de rose de Barbara Cartland.
Bien que le roman suive la tradition des drames romantiques (en tant que mouvement littéraire) appréciés au XIXème, les premiers lecteurs sont choqués par cette histoire.

Le roman de la lande

Transposé dans un autre décor, Les Hauts de Hurlevent serait moins bon. Bien que très peu décrite, la lande (moors), humide et marécageuse, est une menace constante, insinueuse, calcaire qui forge les caractères.

Heathcliff est pervers, Catherine est capricieuse. Ensemble, ils sont comme les landes dans lesquelles ils passent leur journée : violents et tourmentés. Les autres personnages ne valent pas mieux. Abandonnés à eux-mêmes, les enfants maltraitent les insectes à leur tour et développent toute sorte de défaut. Les domestiques utilisent la piété et les conseils « bienveillants » comme instrument de torture. Les patrons sont soit alcooliques, soit meurent d’une bonté insipide et maladive.

Les personnes sont comme le climat hostile : il faut être plus fort que le vent pour survivre.

les hauts de hurlevent

Les influences d’Emily Brontë

À première vue, rien ne laissait penser que son auteur pouvait écrire ce roman. En apparence, Emily Brontë n’est qu’une jeune femme célibataire (donc vieille fille) qui vit presque recluse à Hayworth. Comment a-t-elle pu imaginer une histoire d’amour si atypique ?

D’abord grâce à son entourage et ses lectures.
Comme souvent dans les villages, les histoires complexes de famille vont bon train et Emily Brontë est friande des commérages qui en apprennent beaucoup sur la nature humaine. Elle a pu également l’étudier dans les tragédies grecques, la littérature classique et les revues contemporaines, où publie notamment Lord Byron.
Il y a également dans le presbytère du pasteur Brontë des manières noires d’oeuvres du peintre John Martin, qui fascinent la fratrie.

Le potentiel artistique d’Emily est alimenté par ses deux soeurs, Charlotte et Anne, et son frère, Branwell. À eux quatre, ils imaginent un monde imaginaire, « la confédération de Glass Town« . Suivront les royaumes de Gondal et Gaaldine, autres sources d’inspiration aux poèmes d’Emily.  Les quatre enfants Brontë ont des aspirations littéraires.

Charlotte connaîtra un grand succès avec Jane Eyre et Anne publiera deux romans, Agnès Grey et La Locataire de Wildfell Hall (les soeurs Brontë utiliseront le pseudonyme Bell et des prénoms d’homme pour faire connaître leurs ouvrages).

Emily est la plus sauvage des trois filles, mais la personnalité la plus remarquable revient à Branwell, dont on ne conserve presque rien. Sa famille le tient comme le plus talentueux des enfants, d’autant plus qu’il est le seul héritier mâle. Tentant en vain de devenir peintre, il travaille comme précepteur pour de jeunes garçons. Il est renvoyé en 1845 de la famille Robinson, sans doute en raison d’une liaison avec Lydia Robinson, la mère de ses pupilles. Cette déception amoureuse le plonge dans un état dépressif. Ivrogne et opiomane, il terrorise ses soeurs qui le prennent en charge. Ses addictions ne permettent pas de déceler qu’il est atteint de tuberculose et il en meurt rapidement.

Sans nul doute les personnages d’Heathcliff et d’Hindley doivent beaucoup à ce frère adulé et effrayant.

les hauts de hurlevent

… Mais l’amour néanmoins

Catherine et Heathcliff s’aiment pour l’éternité. Ni le mariage ni la mort ne les séparent. Ils ne peuvent être ensemble, mais non plus séparés.
Voilà ce qui se cache derrière toute la violence de ce roman.

Catherine Earnshaw, puisses-tu ne pas trouver le repos tant que je vivrai ! Tu dis que je t’ai tuée, hante-moi, alors ! Les victimes hantent leurs meurtriers, je crois. Je sais que des fantômes ont erré sur la terre. Sois toujours avec moi… prends n’importe quelle forme… rends-moi fou ! mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver. Oh ! Dieu ! c’est indicible ! je ne peux pas vivre sans ma vie ! je ne peux pas vivre sans mon âme ! – Heathcliff

Mon amour pour Heathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en dessous : source de peu de joie apparente, mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff ! Il est toujours, toujours dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être. – Catherine

Aussi ne saura-t-il jamais comme je l’aime, et celà non parce qu’il est beau mais parce qu’il est plus moi-même que je ne le suis. – Catherine

En fait, il ne s’agit pas simplement de leur amour à eux deux. D’autres personnages goûteront à la passion en la perfectionnant.
Malgré les efforts d’Heathcliff pour la pourrir, la seconde génération la reçoit en héritage sans cruauté ni caprices.

La noirceur dans Les Hauts de Hurlevent n’est pas jugée par l’auteur, mais elle amène la rédemption.
Comme la nature se réaproprie un terrain tourmenté. Le soleil du jour après le froid nocturne en quelque sorte. Des fleurs entre les cailloux de la lande.

Autour du livre

Comme tout bon classique qui se respecte, Les Hauts de Hurlevent a inspiré le cinéma et la musique.

Au cinéma, une des premières adaptations remarquées est celle de William Wyler en 1939. Heathcliff est interprété par Laurence Olivier et voilà l’un des seuls intérêts de ce film ! Mis au goût de l’époque, l’histoire devient fade et fleur bleue. À voir si vous n’avez pas encore lu le livre.

Ralph Fiennes et Juliette Binoche ont joué le couple d’amants terribles en 1992 pour Peter Kosminsky. Cette version est sans doute l’une des plus fidèles à l’oeuvre.

En 2009, la réalisatrice Coky Giedroyc fait appel à l’excellent Tom Hardy dont la dureté naturelle correspond parfaitement à Heathcliff. Sur le tournage, il rencontra sa femme, Charlotte Ripley qui interprète Catherine, ce qui ajoute au réalisme du jeu.

les hauts de hurlevent

Malheureusement, les interprétations cinématographiques ne traitent en majorité que de la première partie de l’oeuvre. Pourtant, l’intérêt de celle-ci me semble résider dans tout le développement de la vengeance de Heathcliff et la victoire de l’amour de la seconde partie.

Les Hauts de Hurlevent a également marqué le monde musical. L’Opéra national de Paris a créé un ballet en 2002 et il semble que l’histoire se retrouve dans certains livrets d’opéras.

On se rappelle davantage la chanson (et la chorégraphie) de Kate Bush, qui reprend l’appel du fantôme de Catherine dans les premières pages du roman : Wuthering HeightsLe groupe de métal progressif Angra l’a repris en 1993, dans une version qui est, pour le moins, égale à l’originale.

En BD : LES HAUTS DE HURLEVENT, D’EMILY B. INTEGRALE du scénariste Yann Le Pennetier et de la dessinatrice Édith Grattery.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*