« Lili Marleen » : Le succès nazi qui devint un hymne anti-guerre

La chanson d’amour et de mort

À l’origine, un poème d’amour

Berlin, 3 avril 1915.
Les troupes allemandes vont lutter sur le front russe.
C’est la veille du départ et un jeune soldat griffonne trois strophes d’un poème pour se donner du courage.
Il s’appelle Hans Leip, élève-officier à la caserne des Coccinelles, et son texte se traduit « Chanson d’une jeune sentinelle » (« Lied eines jungen Wachtpostens »).

Les deux dernières strophes sont ajoutées en 1937, lorsque le poème devient public.
Hans Leip, devenu écrivain populaire, l’intègre à son recueil de poèmes Le petit accordéon du port (Die kleine Hafenorgel).

lili marleen

Les Nazis en font un succès …

Le poème de Hans Leip est mis en musique grâce à la chanteuse Lale Andersen, qui croit au potentiel dramatique du texte.
Elle l’enregistre en août 1939, quelques jours avant le début de la Seconde Guerre mondiale.
« La chanson d’une jeune sentinelle » devient « Lili Marleen »

Et c’est un bide !
À peine 700 exemplaires vendus.
L’air est fade, la version originale fait cabaret.
Et il faut dire que la musique de Norbert Schulze avait d’abord été créée pour … une publicité de dentifrice ! 

Mais la guerre change la donne …
Le 18 août 1941, des bombardiers anglais détruisent l’entrepôt de disques de la radio militaire, Radio Belgrad.
Le programmateur n’a plus qu’un disque à passer sur les ondes :« Lili Marleen ». 

Diffusée en continu, la chanson devient le générique de fin d’une émission qui fait la part belle aux dédicaces amoureuses et familiales des soldats de la Wehrmacht.
Succès immédiat : la guerre a rendu les auditeurs nostalgiques.

Les hautes sphères du Parti nazi commencent à s’y intéresser.
Même si le chef de la propagande Goebbels juge « Lili Marleen » trop mollassonne, d’autres comprennent son potentiel idéologique.
Le maréchal Erwin Rommel, le célèbre « renard du désert », demande à ce qu’elle soit programmée 35 fois par jour sur Radio Berlin.
Adolf Hitler lui-même pense que « Lili Marleen » va lui survivre.

Les Nazis la diffusent désormais partout, sans doute même dans les camps de la mort.
Pauvre « Lili Marleen », chanson d’amour devenue chant du crime …

Et pauvre Lale Andersen, car c’est elle que le Troisième Reich sollicite.
Pas que pour entonner son morceau d’ailleurs …
La chanteuse, qui ne collabore pas facilement, a le malheur de gifler le trop entreprenant adjoint de Goebbels.
Conséquences : assignation à résidence par la Gestapo, envoi de son fils au front russe et interdiction de rechanter « Lili Marleen ».

… Et les Alliés aussi !

« Lili Marleen » fait rêver les soldats nostalgiques de leur foyer …
Mais pas que les Allemands !
À force d’être diffusée, en 1942, les troupes britanniques aussi connaissent la chanson !

Comme il est hors de question de la chanter en allemand, elle est traduite … en 43 langues !
En France, c’est Suzy Solidor qui la chante avec un entrain quasi militaire
Et ça fait plaisir à la clientèle collabo de son cabaret La vie parisienne !

Aux États-Unis, « Lily Marleen » devient un swing grâce aux Andrew Sisters et au big band de Glenn Miller.

lili marleen

L’hymne de Marlene Dietrich

Ainsi, « Lili Marleen » résonne dans les deux camps.
La chanson est devenue le symbole de la Seconde Guerre mondiale, voire même de sa bêtise.
Elle devient un hymne pour la fin du conflit grâce à une Allemande farouchement anti-Nazis.

Marlene Dietrich déteste le Troisième Reich.
Naturalisée américaine, c’est à Hollywood qu’elle a fait le plus gros de sa carrière.
Qu’elle quitte volontiers pour s’engager dans l’United Service Organizations, le service artistique de l’armée américaine.
Elle passe des mois sur le front, sans confort, ni glamour, afin de remonter le moral des troupes avec son tour de chant.
C’est donc tout naturellement qu’elle reprend la chanson à la mode, qui porte d’ailleurs son nom !

Aux yeux des GIs pour qui elle chante, Dietrich est LA Lili Marleen, qui devient d’ailleurs « Lily Marlene ».
Cet air lui colle à la peau même après la Seconde Guerre mondiale.
L’actrice en a fait un acte de résistance, qui trascende les clivages.

Une chanson anti-guerre interdite par la RDA pendant la Guerre Froide, qui d’après l’écrivain John Steinbeck, était « la seule chose que l’Allemagne nazie ait apportée au monde. »

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