« Lili Marleen », chanson d’amour et de mort

Le succès nazi qui devint un hymne anti-guerre

lili marleen

Devant la caserne / Devant la grande porte / Il y avait une lanterne / Et si elle est encore là devant / Alors nous voulons nous y revoir / Sous la lanterne nous voulons rester / Comme autrefois, Lili Marleen.

Nos deux ombres / Ne faisaient plus qu’une / Que nous nous aimions tant, / Ça se voyait tout de suite / Et tous les gens doivent le voir / Quand nous nous trouvons sous la lanterne / Comme autrefois, Lili Marleen. 

La sentinelle appelle déjà / Ils sonnent le couvre-feu / Ça peut coûter trois jours / Camarades, j’arrive tout de suite / Alors, on se disait au revoir / Comme j’aurai voulu partir avec toi, / Avec toi, Lili Marleen.

Elle connaît tes pas / Ta démarche élégante / Tous les soirs, elle brille / Mai elle m’a oublié depuis longtemps / Et s’il devait m’arriver malheur / Qui se trouverait sous la lanterne / Avec toi, Lili Marleen ?

De l’espace silencieux / Du fond de la terre / S’élève comme un rêve / Ta bouche amoureuse / Quand le brouillard tardif se lévera / Je serai sous la lanterne / Comme autrefois, Lili Marleen. 

.

À l’origine, un poème d’amour

Berlin, 3 avril 1915.
Les troupes allemandes vont lutter sur le front russe.
C’est la veille du départ et un jeune soldat griffonne trois strophes d’un poème pour se donner du courage.
Il s’appelle Hans Leip, élève-officier à la caserne des Coccinelles, et son texte se traduit « Chanson d’une jeune sentinelle » (« Lied eines jungen Wachtpostens »).

Les deux dernières strophes sont ajoutées en 1937, lorsque le poème devient public.
Hans Leip, devenu écrivain populaire, l’intègre à son recueil de poèmes Le petit accordéon du port (Die kleine Hafenorgel).

lili marleen

Qui est Lili Marleen ?

Lilly Freud

Le prénom de la bien-aimée regrettée est moins romantique que le poème laisse croire …

Il s’agirait du mix de deux prénoms par un soldat au coeur d’artichaut !

En effet, Hans Leip aurait eu le béguin pour deux jeunes filles : Lili, la nièce de sa logeuse, et Marleen, une infirmière.
Il a uni leur souvenir en une seule personne …
Les intéressées apprécieront !

Lilly Freud, la nièce du célèbre psychanalyste, a longtemps fait croire que le poème était pour elle.
Mariée en 1917 à l’acteur Arnold Marlé, elle pensait être la « Lily Marlé » qui aurait donné « Lili Marleen » …
Mais, d’après les recherches d’une philologue, il semble qu’elle se soit trompé …

.

Les Nazis en font un succès …

Le poème de Hans Leip est mis en musique grâce à la chanteuse Lale Andersen, qui croit au potentiel dramatique du texte.
Elle l’enregistre en août 1939, quelques jours avant le début de la Seconde Guerre mondiale.
« La chanson d’une jeune sentinelle » devient « Lili Marleen »

Et c’est un bide !
À peine 700 exemplaires vendus.
L’air est fade, la version originale fait cabaret.
Et il faut dire que la musique de Norbert Schulze avait d’abord été créée pour … une publicité de dentrifrice !  

Mais la guerre change la donne …
Le 18 août 1941, des bombardiers anglais détruisent l’entrepôt de disques de la radio militaire, Radio Belgrad.
Le programmateur n’a plus qu’un disque à passer sur les ondes :« Lili Marleen ».

Diffusée en continu, la chanson devient le générique de fin d’une émission qui fait la part belle aux dédicaces amoureuses et familiales des soldats de la Wehrmacht.
Succès immédiat : la guerre a rendu les auditeurs nostalgiques.

Les hautes sphères du Parti nazi commencent à s’y intéresser.
Même si le chef de la propagande Goebbels juge « Lili Marleen » trop mollassonne, d’autres comprennent son potentiel idéologique.
Le maréchal Erwin Rommel, le célèbre « renard du désert », demande à ce qu’elle soit programmée 35 fois par jour sur Radio Berlin.
Adolf Hitler lui-même pense que « Lili Marleen » va lui survivre.

Les Nazis la diffusent désormais partout, sans doute même dans les camps de la mort.
Pauvre « Lili Marleen », chanson d’amour devenue chant du crime …

Et pauvre Lale Andersen, car c’est elle que le Troisième Reich sollicite.
Pas que pour entonner son morceau d’ailleurs …
La chanteuse, qui ne collabore pas facilement, a le malheur de gifler le trop entreprenant adjoint de Goebbels.
Conséquences : assignation à résidence par la Gestapo, envoi de son fils au front russe et interdiction de rechanter « Lili Marleen ».lili marleen

… Et les Alliés aussi !

« Lili Marleen » fait rêver les soldats nostalgiques de leur foyer …
Mais pas que les Allemands !
À force d’être diffusée, en 1942, les troupes britanniques aussi connaissent la chanson !

Comme il est hors de question de la chanter en allemand, elle est traduite … en 43 langues !
En France, c’est Suzy Solidor qui la chante avec un entrain quasi militaire
Et ça fait plaisir à la clientèle collabo de son cabaret La vie parisienne !

Aux États-Unis, « Lily Marleen » devient un swing grâce aux Andrew Sisters et au big band de Glenn Miller.

L’hymne de Marlene Dietrich

Ainsi, « Lili Marleen » résonne dans les deux camps.
La chanson est devenue le symbole de la Seconde Guerre mondiale, voire même de sa bêtise.
Elle devient un hymne pour la fin du conflit grâce à une Allemande farouchement anti-Nazis.

Marlene Dietrich déteste le Troisième Reich.
Naturalisée américaine, c’est à Hollywood qu’elle a fait le plus gros de sa carrière.
Qu’elle quitte volontiers pour s’engager dans l’United Service Organizations, le service artistique de l’armée américaine.
Elle passe des mois sur le front, sans confort, ni glamour, afin de remonter le moral des troupes avec son tour de chant.
C’est donc tout naturellement qu’elle reprend la chanson à la mode, qui porte d’ailleurs son nom !

Aux yeux des GIs pour qui elle chante, Dietrich est LA Lili Marleen, qui devient d’ailleurs « Lily Marlene ».
Cet air lui colle à la peau même après la Seconde Guerre mondiale.
L’actrice en a fait un acte de résistance, qui trascende les clivages.

Une chanson anti-guerre interdite par la RDA pendant la Guerre Froide, qui d’après l’écrivain John Steinbeck, était « la seule chose que l’Allemagne nazie ait apportée au monde. »lili marleen

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*