Magritte : 5 choses à savoir pour comprendre son oeuvre !

Chapeaux melon et Granny Smith !

René Magritte (1898-1967).
Vous connaissez forcément les tableaux de ce peintre belge, ami des dadaïstes et surréaliste convaincu.
L’homme était complexe, son oeuvre pas tant que ça …

1 – Non à Freud …

Dans les annés 1920, le tout-Paris se passionne pour les travaux de Sigmund Freud (1856-1939).
Grâce à sa révolutionnaire psychanalyse, on découvre l’existence de l’inconscient, cette intimité inexplorée d’où sortent les rêves.
Une discipline idéale pour les artistes qui, depuis quelques années, s’amusaient déjà à détourner le réel (cubisme, mouvement dada …).

Le surréalisme se veut donc la réponse artistique aux idées freudiennes.
Cette influence est revendiquée par André Breton, le poète qui fonde le mouvement en publiant son Manifeste du surréalisme (1924).
Ce n’est pas le seul, Salvador Dalí s’en inspire largement et puise ses sujets dans son passé traumatique.

En ce qui concerne Magritte, pas besoin de Freud pour comprendre son oeuvre !
Le Belge est sceptique face à la déferlante psychanalytique.
Terre-à-terre, il n’a jamais recours à son enfance dans son art.
Ainsi, le suicide de sa mère, alors qu’il a 4 ans, n’apparaît dans aucune de ses toiles.
Pour Magritte, l’art se suffit à lui-même.

« Ne cherchez rien derrière mes tableaux : derrière, il y a le mur. »
René Magritte

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La corde sensible (1960)

2 – … Mais oui à la philosophie !

Magritte refuse de comprendre son inconscient mais il veut bien se poser des questions !
Il est passionné de philo.

« L’art de peindre est un art de penser, dont l’existence souligne l’importance du rôle tenu dans la vie par les yeux du corps humain ;
le sens de la vue étant en effet le seul qui soit intéressé par un tableau. »
René Magritte

Dès 1929, Magritte peint La Trahison des images, avec son célèbre « Ceci n’est pas une pipe ».
Ce tableau est aussitôt considéré comme une « déconstruction de la défiance platonicienne vis-à-vis de l’imitation et des images ».
Il échange à son propos avec le philosophe Michel Foucault, qui en tire un ouvrage Ceci n’est pas une pipe (1973).

« La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ?
Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation.
Donc si j’avais écrit sous mon tableau “Ceci est une pipe”, j’aurais menti ! »
René Magritte

Magritte

Dans les années 1950, René Magritte entretient une correspondance avec les philosophes Alphonse de Wealhens et Chaïm Perelman, qui enseignent respectivement la rhétorique et la logique.

Ainsi, Magritte a abandonné peu à peu l’esthétique abstraite pour représenter sa recherche existentielle.
La majorité de ses oeuvres s’explique davantage grâce à Platon qu’à sa bio sur Wikipédia !

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La lampe philosophique (1936)

3 – Une oeuvre à Gimmicks !

Magritte aime représenter le mystère.

Les affinités électives (1933)

« Mes peintures évoquent le mystère, et en fait quand quelqu’un voit un de mes tableaux, il se demande ‘Qu’est-ce que ça veut dire ?’.
Cela ne veut rien dire, car le mystère ne veut rien dire, il est inconnaissable. »
René Magritte

La résolution de ces problèmes quasi mathématiques passe par la répétition des mêmes objets : rideaux, fenêtres, pipes, chapeaux melon, ciel, pommes …

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4 – Un goût pour la provoc’…

De 1943 à 1945, Magritte utilise les techniques impressionnistes.
C’est sa période Renoir ou « en plein soleil » qui plaît tant aux critiques d’art.
Des livres commencent à paraître sur le travail de l’artiste …
Par pur défi contre ce petit monde parisien qui l’agace, Magritte se lance, en mai 1948, dans une production express !
Une quarantaine de tableaux réalisés en six semaines, aux motifs grossiers, criards et grotesques.
C’est sa « période vache ».
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Le Stropiat (1948)
Une réponse 100% surréaliste, finalement comprise comme telle par les marchands d’art, qui n’ont pas râlé longtemps !

5 – … et l’humour !

Pas difficile de voir l’humour dans son oeuvre.
Rappelons que Magritte est né en Belgique, pays où l’autodérision est un sport national !

Pour preuve, ce tableau peint en 1958.

« Comment peindre un verre d’eau d’une manière qui ne soit ni indifférente ni fantaisiste, mais comme qui dirait avec génie ?
J’ai alors pensé que Hegel (un autre génie) aurait été très sensible à cet objet qui a deux fonctions opposées en même temps : rejeter l’eau (s’en protéger) et la garder (la contenir).
Il aurait été ravi, je pense, ou amusé (comme on cherche à l’être lorsqu’on est en vacances) et j’ai appellé le tableau Les Vacances de Hegel. »
René Magritte

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« Magritte est un grand peintre, Magritte n’est pas un peintre. »
Louis Scutenaire (1905-1987, écrivain belge)




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