Oona O’Neill, la femme qui quitta Salinger et épousa Chaplin

Le grand amour de deux génies

oona chaplin

Quand ils se fiancent en 1943, le célèbre acteur Charlie Chaplin a 54 ans et Oona O’Neill … 36 de moins !
Des débuts répréhensibles pour une histoire sur laquelle personne n’aurait parié … Et surtout pas J.D. Salinger, futur célèbre écrivain qu’elle quitta pour se marier.

Retour sur l’histoire d’amour entre un vieux râleur et une jeune désabusée, qui contribua à la naissance d’un auteur torturé.

Oona, la première it girl

Avant de rencontrer Chaplin, Oona est déjà une célébrité.
Son nom de famille lui a ouvert les portes de la haute société new-yorkaise.

Une enfance malheureuse

Son père est Eugene O’Neill (1888-1953), un dramaturge américain d’origine irlandaise, ayant gagné le Prix Pulitzer 1920 et le Prix Nobel de littérature 1936.
Malgré ces récompenses prestigieuses, sa vie est à l’image de son théâtre : une succession de drames et de désillusions. Autour de lui, que des drogués, des dépressifs et des alcooliques.

En 1918, Eugene O’Neill a épousé en deuxièmes noces l’écrivaine Agnes Boulton, avec qui il a un garçon Shane en 1919, puis une fille Oona, en 1925.
À peine trois ans plus tard, il abandonne femme et enfants pour sa maîtresse.

Agnes Boulton sombre dans l’alcool.
Eugene, qui déclare que ses vrais enfants sont ses personnages, reste fidèle à lui-même et se contente d’envoyer des instructions et des chèques.
La jeune Oona ne revoit pratiquement plus son père et passe d’école en internat, avant d’intégrer la Brearley School dans l‘Upper East Side.

Bienvenue dans l’élite

Oona découvre alors le New York branché de l’entre-deux guerres, qui la remarque rapidement.
L’adolescente, en plus d’être une « fille de », possède une vraie beauté.

Oona O’Neill se met à fréquenter les clubs nocturnes avec ses meilleurs amis : les futurs auteurs à succès Truman Capote (1924-1984) et Carol Grace (1924-2003), ainsi que Gloria Vanderbilt (1924-2019), une riche mais bohème héritière.

Cette bande d’adolescents vit d’insouciance et de plaisir.
Argent, mondanités, privilèges et presse à scandale … Voilà ce que désire cette génération née après la Première Guerre mondiale.
Malgré un tempérament inquiet, Oona s’en contente. Elle veut devenir actrice et ses multiples photos dans les médias à la mode sont un tremplin pour y parvenir.

C’est aussi une occasion d’attirer l’attention d’Eugène O’Neill, toujours aussi distant malgré de déchirants « Papa je t’aime, ne m’oublie pas ».
Lorsqu’elle est élue « The Number One Debutante » au Storks Club, l’un des plus exclusifs de New York, il lui répond :

« Toute cette publicité que tu as eue est de mauvaise qualité, sauf si ton ambition est d’être une actrice de seconde zone, le genre qui a sa photo dans les journaux pendant deux ans et puis retourne dans l’obscurité de sa stupide vie sans talent. »

Faute de recevoir l’amour de son père, Oona se nourrit de séduction et de l’attention que lui accordent les hommes.

L’obsession de J.D. Salinger

Parmi les nombreux prétendants d’Oona, se trouve Jerome David Salinger, dit Jerry, pas encore J.D, un étudiant en écriture à peine plus âgé qu’elle.

Ils se rencontrent, en 1942, au Storks Club.
Car avant d’être un ermite mondialement célèbre, Salinger fréquente le gratin, sans toutefois le supporter.

L’ambitieux taciturne, fils d’un artisan fromager, tombe fou amoureux de la frivole et célèbre it-girl.

Oona et Jerry sortent ensemble, à la mode des années 40 : chastement !
Mais s’il est frustré, c’est surtout parce qu’elle ne l’aime pas vraiment.
Il veut l’épouser, elle refuse se disant trop jeune.
Certes, elle admire son talent d’auteur, qui a déjà publié une nouvelle dans le New Yorker, et apprécie sa compagnie. Mais dans le fond, rien de plus.

La Seconde Guerre mondiale vient mettre un point final à cette histoire déjà sans lendemain.
Salinger est appelé sous les drapeaux et s’en-va-t-en-guerre qui empire son irritabilité naturelle.
Il participera notamment au carnage qu’est le débarquement en Normandie.

Depuis une Europe ensanglantée, il écrit sans cesse à Oona, de longues lettres désespérées d’amour qu’elle ne partage plus du tout.
C’est aussi à distance et par la presse qu’il apprend le mariage de sa belle … avec un vieux !

Une déception pour Salinger, qui marque son oeuvre littéraire.
Notamment L’Attrape-Cœurs, publié en 1951, qui décrit un jeune homme nihiliste qui déteste les clubs et le cinéma !

Charlie Chaplin, le tombeur

Le « vieux » qu’Oona épouse à 18 ans, c’est lui !

Pendant que Jerry est à la guerre, Oona O’Neill est partie tenter sa chance à Hollywood.
Elle a rapidement trouvé un agent, court les castings et tombe sur Orson Welles qui la propulse, sans doute pour la séduire, dans son cercle.
C’est pour obtenir un rôle dans Shadow and Substance (une pièce de théâtre qui ne sera finalement pas adaptée au cinéma) qu’elle contacte Charlie Chaplin.

En 1943, le réalisateur est déjà une légende vivante : il incarne son personnage culte, le tendre vagabond Charlot, depuis deux décennies.

Cependant, on le connaît aussi pour sa tapageuse vie privée.
Ses trois divorces ont fait la une. Procès, accords aux sommes faramineuses, accusations de « désirs sexuels pervers » allègrement repris par le FBI …
Des scandales à répétition qui font suite à des unions problématiques.
Ses ex-femmes sont toutes beaucoup plus jeunes que lui, les deux premières étant carrément mineures lors des noces.

C’est aussi la jeunesse d’Oona O’Neill qui plaît d’abord à Charlie Chaplin.
Elle passe outre sa mauvaise réputation, son caractère despotique, les esclandres et les procès, même celui en cours pour reconnaissance de paternité.
Elle tombe éperdument amoureuse de cet homme qui pourrait être son père …
Et tant pis si Eugene la renie publiquement, Oona épouse Chaplin le 16 juin 1943.

Oona et Chaplin, un mariage qui dure

Personne n’aurait alors imaginé que leur union tiendrait 34 ans.

À peine mariée, Oona abandonne son projet d’être actrice et se dévoue corps et âme à son homme, qui multiplie dans la presse les louanges au sujet de son « épouse idéale ».
L’artiste peut se montrer tyrannique, elle supporte sans broncher et surtout, sans que son amour pour lui ne diminue.

Oona le met même en valeur. Pour lui, elle reprend ses habitudes new-yorkaises et reçoit le Tout-Hollywood : Greta Garbo, Olivia de Havilland, Joan Fontaine, Fred Astaire …

La famille s’agrandit avec huit enfants : Geraldine (1944), Michael (1946), Josephine (1949), Victoria (1951), Eugène (1953), Jane (1957), Annette (1959), Christopher (1962).
Oona et Charlie goûtent au bonheur familial, qu’aucun des deux n’avait vécu auparavant.

Cependant, la relation de Chaplin avec le FBI s’envenime.
Son directeur J.Edgar Hoover le soupçonne d’être communiste et le sénateur Joseph McCarthy veut le faire expulser des États-Unis.

Leur opportunité se présente en 1952, alors que les Chaplin sont à Londres pour la présentation des Feux de la Rampe.
C’est là que Charlie apprend qu’il est interdit de retour.
Critiqué, descendu par l’opinion publique, le réalisateur ne bronche pas, mais renonce à sa nationalité américaine.
Tout comme Oona, qui avant ça, s’occupe d’aller chercher leur argent, qu’elle emporte, caché sur elle, vers Corsier-sur-Vevey en Suisse, où la famille s’intalle.

Le couple ne revient ensemble aux États-Unis qu’en 1972, pour recevoir un Oscar d’honneur enfin attribué à Charlot.

Oona après Chaplin

C’est le jour de Noël 1977 que Charlie Chaplin succombe à un AVC dans son sommeil.
Oona se retrouve veuve après 34 ans de mariage.

À 52 ans, Oona aurait pu se remarier avec un des ses amants occasionnels.
Mais comment remplacer Charlie ?

Elle retourne un temps vivre à New York dans un vain effort de revivre son passé.
Elle y retrouve la 42e Rue, Park Avenue, ses amis de toujours Truman Capote et Carol Grace, et son goût immodéré pour l’alcool.
Mais pas le bonheur.

Une anecdote significative.
Pour son soixantième anniversaire, elle organise une grande fête dans son duplex, mais passe la plupart de la soirée, à descendre les magnums de champagne, enfermée dans sa chambre.
Quand elle en sort enfin, Oona déclare à ses nombreux invités :

« Voici ce que je veux dire, et que je peux enfin dire, en ce soixantième anniversaire :
je hais mon père, Eugene O’Neill ! »

Lorsqu’elle sature de New York, Oona traîne son désespoir en Suisse où rien ne la comble.
Même pas sa famille.

« On avait la sensation qu’elle n’était pas très heureuse de nous voir.
Mais c’était faux. (…)
Quand nous étions là, elle souhaitait que nous partions, mais quand nous nous étions évaporés, elle voulait que nous revenions. »

– Annie Chapin

Oona meurt à 66 ans, au matin du 27 septembre 1991, des suites d’un cancer du pancréas.
Quatorze ans après Chaplin.
Dix-neuf ans avant Salinger.

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