Les missions secrètes inventées par Ian Fleming

Bien avant James Bond

Avant d’inventer le plus célèbre des agents secrets en 1952, Ian Fleming travailla pour la division Naval Intelligence de la Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il participa à la conception de plusieurs opérations dignes de Bond, James Bond !

On vous raconte trois missions secrètes dont une qui envoya vraiment les Nazis dans le mur.

L’opération Goldeneye (si, si, elle a vraiment existé !)

Avant d’être le 17e film inspiré de son oeuvre, la saga James Bond, et le nom de sa résidence jamaïcaine, Goldeneye est une des missions secrètes d’Ian Fleming.

En 1940, la Seconde Guerre mondiale se joue à Gibraltar (entre autres …).
Ce territoire situé au sud de la péninsule ibérique appartient aux Britanniques depuis 1740.
Francisco Franco, qui vient tout juste de s’imposer à la tête de l’Espagne, voudrait bien s’en emparer.
Tout comme Hitler, conscient qu’il s’agit d’un point stratégique qui contrôle la mer Méditerranée et l’Océan Atlantique.

Les deux dictateurs s’allient et se réunissent à Hendaye pour préparer une opération conjointe (l’opération Felix).
Mais Franco est trop gourmand et d’après Goebbels, Hitler « préférerait se faire enlever trois dents plutôt que d’avoir une autre rencontre avec » lui.

La perte du détroit de Gibraltar inquiète le Royaume-Uni.
Le service de renseignements nomme l’agent Ian Fleming à la tête de l’opération militaire chargée de protéger leur formation navale Force H.
C’est l’opération Goldeneye.

En février 1941, Ian Fleming se rend à Gibraltar et met en place un réseau de surveillance militaire, de chiffrement sécurisé et même un plan de campagne de sabotage en cas de défaite.

Finalement, l’alliance entre l’Espagne franquiste et l’Allemagne nazie ne se concrétisant pas, l’opération Goldeneye prend fin en août 1943 et Gibraltar reste britannique.

L’opération Ruthless ou le faux accident d’avion

Ruthless pour Sans-Pitié … Et cette mission en est particulièrement dépourvue, car aux grands maux, les grands moyens ! L’objectif est de récupérer les livres de codes permettant de déchiffrer la célèbre machine allemande Enigma.

En 1940, les Alliés ont encore du mal à briser les codes nazis, en particulier les messages navals, casse-tête principal des codebreakers (dont le célèbre Alan Turing, futur père de l’informatique).

Ian Fleming a alors une idée.

« Je suggère que nous obtenions le butin par les moyens suivants :
1 – Obtenez auprès du ministère de l’Air un bombardier allemand digne de l’air.
2 – Choisissez un équipage solide de cinq personnes (…) Habillez-les avec l’uniforme de l’armée de l’air allemande, ajoutez du sang et des bandages en conséquence.
3 – Avion accidenté dans la Manche après avoir fait SOS (…)
4 – Une fois à bord du bateau de sauvetage, tirez sur l’équipage allemand, jetez par-dessus bord, ramenez le bateau de sauvetage au port anglais. »

– Note du 12 septembre 1940 d’Ian Fleming à son supérieur, le contre-amiral John Godfrey

Après avoir trouvé un avion allemand (Werk Nr. 6853) et choisi un équipage d’Anglais germanophones, l’opération est annulée, faute d’avoir détecté de navires ennemis à proximité du lieu choisi.

L’Opération Mincemead ou le cadavre du faux agent secret

Après deux opérations inutile ou avortée, en voici une qui réussit !

En septembre 1939, les services secrets britanniques prennent connaissance du Trout Memo, une liste de stratagèmes inventée par le lieutenant-commandant Ian Fleming.
Le vingt-huitième, intitulé « Une suggestion (pas très belle) », propose de laisser un cadavre déguisé en aviateur anglais avec « des dépêches dans ses poches ». Les Allemands doivent croire à la découverte inopinée de documents top secret afin de les envoyer sur une fausse piste.

En avril 1943, Winston Churchill, premier ministre anglais, donne son approbation à cette opération appelée Mincemeat (« chair à pâté »), qui doit permettre le débarquement en Sicile.

Le sous-marin HMS Seraph est donc aussitôt chargé de larguer le cadavre au large de Huelva.
Le sud de l’Espagne est choisi dans l’idée que Franco transmettra sans mal ces renseignements alliés à Hitler.

Le moindre détail a été pensé pour faire vrai.
On réquisitionne le corps d’un sans-abri, mort récemment d’une pneumonie (les symptômes ressemblent à ceux d’une noyade).
On lui a même glissé des lettres d’amour inventées et la photo d’une fausse fiancée dans le porte-feuille.
Et surtout, le faux aviateur transporte des documents prouvant un futur débarquement en Grèce.

« Mincemeat » est trouvé le 30 avril 1943 par un jeune pêcheur espagnol qui en informe aussitôt les militaires locaux.
Pourtant, l’opération faillit capoter plusieurs fois, la valise passant de service en service, entre les mains trop honnêtes de fonctionnaires plutôt pro-britanniques !
Pour agiter les esprits, les services secrets anglais multiplient des télégrammes faussement paniqués.
Bingo ! Le responsable madrilène de la Abwher (intelligence allemande), Karl-Erich Kühlenthal, qui veut faire oublier une grand-mère juive, saute sur l’occasion de se faire bien voir !
On copie les documents secrets, Franco autorise leur divulgation et Kühlenthal part à Berlin exhiber son trésor.

Hitler flaire d’abord le piège. Goebbels écrit même dans son journal : « Tout simplement, ça pue ».
Et pourtant, les documents finissent par être jugés véridiques, notamment par le colonel Alexis Freiheirr von Roenne.
Hitler écoute celui qui a conseillé de détourner la ligne Maginot pour envahir la France … Sans savoir que Von Roenne déteste les Nazis et se fait un malin plaisir de court-circuiter le Renseignement !
Les Allemands déplacent alors leur force militaire vers le Péloponnèse grec.

Hitler ne découvre le pot-aux-roses que le 10 juillet 1943, une fois le débarquement en Sicile commencé.
L’opération Mincemeat accélère la chute du fascisme italien, puisque quinze jours plus tard, a lieu le coup d’état contre le Duce. De plus, elle oblige le Führer à retarder sa première attaque russe après Stalingrad, permettant aux forces soviétiques de vaincre à nouveau.

Sans aucun doute, la « suggestion (pas très belle) » d’Ian Fleming marqua un point d’inflexion dans le cours de la Seconde Guerre mondiale.

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