12 pièces de Molière … comme si vous les aviez lues !

« Que diable allait-il faire dans cette galère ? »

Avouez-le : vous n’avez pas lu du Molière depuis le collège et vous ne ressentez pas le besoin urgent de vous y replonger …
On comprend !
Pourtant, le théâtre de cet illustre auteur du XVIIème siècle est une référence souvent citée.
Il faut donc faire mine de tout connaître !

Petit récap’ de ses pièces les plus célèbres pour briller en société … et se rendre compte que c’est vraiment bien !


Les Précieuses ridicules (1659)

Molière attaque !

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Comme le titre l’indique, la pièce parle des “précieuses”, des dames nobles et snobs qui tuaient le temps dans des salons soi-disant littéraires.
Molière, qui demandait une diction naturelle à ses comédiens, se moque notamment de leur langage ampoulé. 

La satire eut beaucoup de succès mais multiplia les ennemis de son auteur …

De quoi ça parle ?

Gorgibus est un bourgeois de province qui voudraient marier sa fille et sa nièce, Magdelon et Cathos.
Mais celles-ci rêvent de prétendants romanesques et refusent La Grange et du Croisy, les jeunes hommes choisis.
Vexés, ils décident de se venger et font passer leurs valets, Mascarille et Jodelet, pour des nobles.
Le piège fonctionne : les jeunes filles tombent sous le charme de ces faux marquis et vicomte. 

Comment ça finit ?

La Grange et Du Croisy révèlent la supercherie.
Magdelon et Cathos, outrées, s’en plaignent à Gorgibus, qui les rend responsables et les jette à la porte.

Citations à replacer !

“Les gens de qualité savent tout sans avoir rien appris.” – Mascarille
« Vite, voiturez-nous ici les commodités de la conversation. » – Magdelon 

Le saviez-vous ?

Dans la pièce Cyrano de Bergerac, la cousine du héros, Roxane, fait partie de ces précieuses (aussi moquées par le poète).


L’École des Maris (1661)

Molière attaque !

C’est dans le titre : les hommes qui, au XVIIème, avaient bien besoin d’être éduqués !
D’ailleurs, la pièce se finit ainsi : 
“Vous, si vous connaissez des maris loups-garous,
Envoyez-les au moins à l’école chez nous.”

De quoi ça parle ?

Deux frères, au caractère différent, sont à la fois les tuteurs et fiancés de deux soeurs orphelines. Chacun défend ses préceptes d’éducation.
L’aîné, Ariste, est compréhensif avec Léonor qu’il laisse libre de ses choix.
De son côté, Sganarelle éduque Isabelle avec dureté, allant jusqu’à l’enfermer.  

La jeune fille brimée veut échapper à cet emprise et son futur mariage, d’autant qu’elle aime Valère.

Comment ça finit ?

Isabelle se fait passer pour sa soeur et réussit à épouser Valère devant un Sganarelle leurré.
Ariste est récompensé de sa tolérance en épousant la fidèle Léonor.

Citations à replacer !

« Et l’école du monde, en l’air dont il faut vivre
Instruit mieux, à mon gré, que ne fait aucun livre.« 
– Ariste

 » … les verrous et les grilles
Ne font pas la vertu des femmes ni des filles. »
– Ariste

Le saviez-vous ?

Cette pièce, inspirée des Adelphes de Térence, plut tant à Nicolas Fouquet, qu’il en commanda une autre à Molière pour sa fête à Vaux-le-Vicomte …
La fameuse célébration qui énerva Louis XIV et accéléra la chute de son surintendant des finances.


L’École des Femmes (1662)

Molière attaque !

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À nouveau le mariage, un de ses thèmes de prédilection.
Même si le titre le laisse entendre, la pièce n’est pas la suite de L’école des maris.

De quoi ça parle ?

Arnolphe de La Souche voudrait se marier, mais la peur d’être cocu l’en empêche !
Il n’a confiance qu’en sa pupille Agnès, parce qu’elle a été élevée dans un couvent.
L’oie blanche est déjà courtisée par un jeune homme Horace, qu’elle aime en retour.
Arnolphe l’apprend et veut précipiter son mariage avec Agnès.

Comment ça finit ?

Après plusieurs quiproquos malheureux pour le jeune couple, le père d’Horace arrange le mariage de son fils avec la fille d’un ami … qui se trouve être Agnès !

Citations à replacer !

« Si n’être point cocu vous semble un si grand bien
Ne vous point marier en est le vrai moyen. »

« Qui rit d’autrui
Doit craindre qu’en revanche on rie aussi de lui. »

Le saviez-vous ?

La pièce s’inspire d’une nouvelle espagnole  “El prevenido engañado” (1637) de María de Zayas y Sotomayor, adaptée en 1655 par Scarron sous le titre La précaution inutile.

Le titre L’École des femmes est un clin d’œil au premier roman érotique français, paru (et interdit) en 1655 : L’école des filles.
Molière n’a d’ailleurs pas hésité à multiplier les allusions sexuelles dans sa pièce …

AGNÈS
[…] ; il me prenait et les mains et les bras,
Et de me les baiser il n’était jamais las.

ARNOLPHE
Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose…


Dom Juan ou le Festin de Pierre (1665)

Molière attaque !

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L’Église apprécia moyennement (euphémisme) les pièces de Molière … qui se vengea avec cette critique des hypocrites et des faux dévots.

De quoi ça parle ?

Dom Juan Tenorio est, comme son nom l’indiquera plus tard, un don juan !
Il a séduit puis abandonné Elvire, et compte bien en séduire d’autres. 

Poursuivi par les frères de la jeune fille, il réussit à différer leur vengeance en sauvant la vie de l’un d’entre eux et en feignant la repentance …

Comment ça finit ?

Dom Juan passe souvent devant la statue érigée à la mémoire d’un commandeur qu’il avait tué en duel.
Après s’être vanté plusieurs fois de son manque de remords, Dom Juan est emporté en enfer par la statue du Commandeur.

Citations à replacer !

 » L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus. »

« C’est une lâcheté que se faire expliquer trop sa honte. »

Le saviez-vous ?

Avant de devenir un mythe, notamment repris par Mozart, Don Juan est une création d’un moine espagnol, Tirso de Molina, le personnage de sa pièce El Burlador de Sevilla y convidado de piedra.

Le séducteur de Molière s’écrit toujours avec un M (Dom Juan).


Le Misanthrope (1666)

Molière attaque !

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La pièce remet en cause les privilèges et les droits de naissance … ce qui n’a pas beaucoup plu à la noblesse !

De quoi ça parle ?

Alceste déteste l’humanité, sauf Célimène qu’il aime malgré sa médisance et ses nombreux flirts.
Après une dispute avec Oronte, un de ses prétendants, Alceste est traîné en justice et perd son procès, ce qui accroît sa misanthropie …
Tout comme les preuves qui montrent l’infidélité de sa dulcinée.

Comment ça finit ?

Alceste confronte Célimène, lui demande de le choisir parmi tous ses prétendants et de l’accompagner dans une vie sans mondanités.
Elle refuse.
Alceste quitte alors la capitale, seul.

Citations à replacer !

« Qui n’a pas le don de cacher ce qu’il pense
doit faire en ce pays fort peu de résidence. »

« Parfois il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur. »

Le saviez-vous ?

Dans sa version manuscrite, la pièce contient un sous-titre : « ou l’Atrabilaire amoureux ».
Atrabi-quoi ?! Ce mot oublié veut dire « porté à la mauvaise humeur ».


Le Médecin malgré lui (1666)

Molière attaque !

Avec des allures de farce, la pièce dénonce les charlatans de la médecine, mais aussi de la religion.

De quoi ça parle ?

Pour se venger de son mari Sganarelle, Martine le fait passer pour un éminent médecin.
Quand Géronte le consulte pour sa fille Lucinde devenue muette, Sganarelle est obligé de jouer le jeu.
En fait, la jeune fille est en parfaite santé, mais se tait pour protester contre un mariage arrangé avec Horace, puisqu’elle aime Léandre.

Comment ça finit ?

Après de multiples occasions de montrer le charlatanisme et le manque de moralité de Sganarelle, la supercherie est découverte.
Léandre apprend qu’il a hérité une grosse fortune, ce qui lui permet d’épouser Lucinde (qui reparle).
Sganarelle échappe de peu à la potence et rentre chez lui avec Martine.

Citations à replacer !

 » Je vous apprends que votre fille est muette …
cela vient de ce qu’elle a perdu la parole. »

« Il ne faut pas qu’elle meure, sans l’ordonnance d’un médecin. »

Le saviez-vous ?

Le Médecin malgré lui est également un opéra-comique, composé par Charles Gounod en 1858 et arrangé par Erik Satie.


Amphitryon (1668)

Molière attaque !

Et pas qu’un peu !
Cette fois, c’est carrément le Roi Soleil qui en prend pour son grade.
La pièce se moque ouvertement des amours de Louis XIV. Notamment de sa relation avec Madame de Montespan, enceinte de leur premier enfant et dont le mari n’acceptait pas du tout l’adultère.

De quoi ça parle ?

Jupiter, le dieu volage, est amoureux … Encore !
Cette fois, il a séduit Alcmène, en se faisant passer pour son mari Amphitryon.
La reine trompée est très en colère … Quant au cocu, il ne comprend rien !
Les quiproquos s’enchaînent, d’autant qu’en parallèle, Mercure, le fils du roi des dieux, s’est incarné en Sosie, le serviteur d’Amphitryon.

Comment ça finit ?

Finalement, Jupiter apparaît dans toute sa splendeur divine et convainc le cocu de la fidélité de sa femme, pourtant enceinte d’Hercule.
Il demande même à Amphitryon de considérer l’aventure comme un honneur.

Citations à replacer !

« Et l’absence de ce qu’on aime,
Quelque peu qu’elle dure, a toujours trop duré. »

« Mais enfin coupons aux discours,
Et que chacun chez soi doucement se retire.
Sur telles affaires, toujours
Le meilleur est de ne rien dire. »

Le saviez-vous ?

Le succès de la pièce a permis la création de deux noms communs :

  • Le personnage Sosie est donné le mot « sosie » qui désigne une personne ressemblant à une autre.
  • Le célèbre vers « le véritable Amphitryon est l’Amphitryon où l’on dîne » a définitivement associé le nom propre à un hôte.

L’Avare (1668)

Molière attaque !

En plus de l’avarice, la pièce résolument moderne critique la tyrannie domestique et le sexisme.

De quoi ça parle ?

Harpagon est un riche bourgeois qui compte bien le rester.
Sa plus grande crainte : qu’on lui vole une cassette (comprenez un petit coffre) remplie d’or et cachée dans son jardin.
Ses projets : épouser Mariane, dont est pourtant amoureux son fils Cléante, et marier sa fille Élise au vieillard Anselme, bien qu’elle aime Valère. 

Ses enfants malheureux mettent tout en oeuvre pour défaire ses plans, notamment faire dérober la fameuse cassette.

Comment ça finit ?

Le vieillard Anselme entre en scène et comprend que Mariane et Valère sont ses enfants qu’il croyait morts.
Harpagon accepte leur mariage avec ses enfants puisqu’Anselme paye les noces.
Il peut rester seul avec sa cassette retrouvée.

Citations à replacer !

 » Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. »

« Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami !
On m’a privé de toi ; et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m’est impossible de vivre. »

Le saviez-vous ?

La pièce, inspirée de La Marmite de Plaute, contient le sous-titre « ou l’École du Mensonge ».


Le Tartuffe (1669)

Molière attaque !

La première version de la pièce avait été interdite après une seule représentation en 1664.
L’Église alors en crise redoutait cette satire de la dévotion.

De quoi ça parle ?

Le courtisan Orgon est manipulé par un faux dévot appelé Tartuffe.
Sa fille Mariane, son fils Damis et sa seconde femme Elmire tentent de lui ouvrir les yeux … Peine perdue.
Orgon veut le marier à Mariane, et même déshériter Damis en sa faveur.
Mais Tartuffe veut davantage : l’hypocrite tente de séduire Elmire.
Pour avoir le champs libre, il veut incriminer Orgon auprès du Roi avec des documents compromettants.

Comment ça finit ?

Le Roi pardonne à son fidèle Orgon mais punit Tartuffe.
Mariane peut alors épouser son amoureux Valère et tout est bien qui finit bien !

Citations à replacer !

 » Couvrez ce sein que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. »

« Je l’ai vu, dis-je, de mes propres yeux vu,
Ce qu’on appelle vu : faut-il vous le rebattre
Aux oreilles cent fois, et crier comme quatre ? »

Le saviez-vous ?

Du temps de Molière, on appelait « tartuffe » un trompeur rusé.
L’origine du nom commun viendrait de « tartufoli », « truffes » en italien.
Le succès de la pièce changea le sens du mot et un tartufe (avec un seul f) est désormais un hypocrite.


Le Bourgeois gentilhomme (1670)

Molière attaque !

Les bourgeois qui aspiraient à la noblesse.
On le comprend : la satire plut à Louis XIV, mais beaucoup moins à ses courtisans !

De quoi ça parle ?

Monsieur Jourdain est “un nouveau riche” qui voudrait atteindre les hautes sphères de la noblesse. Pour ce faire, et malgré les moqueries de son entourage, il multiplie les apprentissages de gentilhomme : arts, philosophie, mode, armes …
Quand sa fille Lucile lui parle d’épouser Cléonte, Monsieur Jourdain refuse.

Comment ça finit ?

Cléonte monte une supercherie et se fait passer pour le fils d’un Grand Turc. Les flatteries auprès de Jourdain fonctionnent.
Le mariage a lieu.

Citations à replacer !

« Tout ce qui est prose n’est point vers ;
et tout ce qui n’est point vers est prose. »

« Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. »

Le saviez-vous ?

Si la pièce se moque des Turcs, c’est pour faire plaisir au Roi.
En effet, Louis XIV considérait s’être fait humilié par un ambassadeur du sultan Mehmed IV, peu impressionné par le faste royal lors d’une visite officielle.


Les Fourberies de Scapin (1671)

Molière attaque !

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Cette fois-ci, pas grand chose ! Que voulez-vous, même les plus grands font des œuvres alimentaires !

De quoi ça parle ?

Quand leurs pères, Argante et Géronte, ne sont pas là, Octave et Léandre aiment !
Le premier a épousé Hyacinte et le second fréquente Zerbinette. 

Au retour des deux vieillards, ils supplient le valet Scapin de les aider … et ce n’est pas gagné !

Comment ça finit ?

Après plusieurs fourberies (c’est le titre), on découvre que Hyacinte est la fille cachée de Géronte et Zerbinette celle d’Argante (Vous suivez ?)
Du coup, les mariages sont autorisés par les deux vieux amis et Scapin est pardonné.

Citations à replacer !

« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?« 

La citation la plus connue … qui est un plagiat !
La réplique est en fait de Cyrano de Bergerac dans Le Pédant Joué (1654). Le vol est « dénoncé » (plusieurs siècles plus tard) dans la pièce d’Edmond Rostand !

Le saviez-vous ?

La pièce ne connut un franc succès qu’une fois reprise après la mort de Molière.
L’histoire s’inspire de Phormion de Térence mais les personnages caricaturaux rappellent davantage la commedia dell’arte.


Le Malade imaginaire (1673)

Molière attaque !

Derrière une farce sur un hypocondriaque, c’est notre peur de mourir qui est moquée dans la dernière pièce de Molière.

De quoi ça parle ?

Argan souffre de mille maux.
Les pires médecins se multiplient à son chevet et lui prescrivent toutes sortes de remèdes inefficaces.  Heureusement, Argan peut compter sur les soins de sa jeune épouse Béline … qui n’attend qu’une chose : qu’il meure !

En fait, le malade n’a rien, si ce n’est un aveuglement concernant sa famille.
Sa servante Toinette lui conseille alors de simuler son propre décès …

Comment ça finit ?

Argan fait donc le mort et découvre rapidement que sa perte réjouit sa fausse veuve.
Par contre, sa fille Angélique est sincèrement attristée.
Argan “ressucite” soudain.
Il récompense sa fille en lui permettant d’épouser l’homme de son choix à condition qu’il devienne médecin … ce qu’Argan compte être bientôt !

Citations à replacer !

« Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non pas de leurs maladies. »

Le saviez-vous ?

Molière jouait Argan au moment de sa mort le 17 février 1673.
Comme il n’avait pas signé de renonciation à sa profession de comédien, l’Église refusa d’abord une sépulture religieuse.
On lui accorda finalement mais sans pompe, sans messe et hors des heures du jour. 


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