« Rebecca », du roman inquiétant au plus atypique des Hitchcock !

Une histoire de fantôme … sans fantôme !

Une jeune ingénue se marie avec Max de Winter, un riche veuf rencontré par hasard. Après une lune de miel idéale, le couple part vivre à Manderley, l’imposante demeure des Winter où tout rappelle la première épouse décédée.
La majestueuse, superbe et tant aimée Rebecca …
Comment surpasser ce fantôme ?
Et puis d’ailleurs, comment est-elle morte ? …

Ça vous fait peur ? C’est le but !
Et ce, sans l’ombre d’un esprit, ni de quoi que ce soit de fantastique.

On vous raconte comment le roman d’une jeune femme imposa le grand Hitchcock à Hollywood.

Le roman d’amour qui fait peur

Rebecca naît dans l’esprit d’une romancière britannique d’origine française, Daphné du Maurier (1907-1989).
Fille d’acteurs, elle a préféré les traces de son célèbre grand-père, l’auteur George du Maurier.
Elle publie à 24 ans son premier roman, La Chaîne d’amour.
Mais le triomphe vient en 1938 avec Rebecca, un roman qui devient classique.

Et pourtant, Rebecca est avant tout une histoire d’amour.
Celle d’une jeune fille naïve qui tente de rentrer dans un moule aristocratique pour plaire à son mari de plus en plus distant.

En somme, rien d’extraordinaire, si ce n’était que l’héroïne se confronte à la perversité.
Celle d’une gouvernante qui adorait sa parfaite mais défunte maîtresse de maison.
Aussi celle causée par les non-dits.
L’amour devient un piège psychologique.

Rebecca appuie ce suspense avec les ressorts du roman gothique : un château « hanté », la présence d’une nature hostile, le jeu des apparences trompeuses …
Du pur Sœurs Brontë, particulièrement Jane Eyre de Charlotte.

Mais il s’analyse également comme un conte digne de Charles Perrault.
Une sorte de Cendrillon chez Barbe-Bleue.
Le prince charmant devient glacial et le magnifique Manderley, dont la narratrice rêvait enfant, est un ennemi silencieux.

Un Hitchcock atypique

L’atmosphère pesante est moins présente dans le film d’Hitchcock.
Ce qui est en soi tout à fait normal, un roman ayant plus de temps pour installer une ambiance.

Mais c’est aussi la faute de certains effets habituels, inutiles à l’écran.
Par exemple, que vient faire cette musique romantique en fond pendant les révélations inquiétantes ?

Toujours du suspense

Heureusement, Hitchcock utilise d’autres stratagèmes pour créer le suspense.
Notamment, deux entités qui témoignent pour Rebecca.

Tout d’abord Manderley.
Son fonctionnement entier a été établi par feue Mrs. de Winter.
La nouvelle épouse n’ose pas en changer les règles, la décoration, la vie domestique.
Si le roman montrait déjà cette présence, Hitchcock se plaît à filmer de très près les objets, les murs, les escaliers.

« Je pense que d’une certaine manière, le film est l’histoire d’une maison. (…) 
Je dois garder cette maison isolée pour m’assurer que la peur y sera sans recours.
La maison dans Rebecca est éloignée de tout. Vous ne savez même pas de quelle ville elle dépend. »
– Alfred Hitchcock

rebecca hitchcock

Et puis Mrs Danvers, dont la silhouette guindée et le caractère psycho-rigide inspira la méchante belle-mère de Cendrillon, dans le dessin animé de Walt Disney (1950).

Si Rebecca est l’arlésienne (omniprésente sans être jamais vue), sa gouvernante fanatique l’incarne presque.
La menace occupe ainsi deux fronts et Judith Anderson incarne remarquablement ce danger.
Dans sa robe noire, elle se distingue dès la première rencontre du reste du personnel.
Et elle sera décisive jusqu’à la fin du film (seule partie légèrement modifiée par rapport au roman).

rebecca

Sans humour noir

Hitchcock n’était pas totalement satisfait de son film, le premier de sa période américaine.
Pour plaire aux nombreux lecteurs et les attirer dans les salles obscures, il ne changea ni la trame ni le style du roman.
Il ne se permit pas non plus l’ajout de l’humour noir, sa marque de fabrique qui lui plaisait tant.

Le realisateur eut également du mal à imposer son montage face au puissant producteur hollywoodien David O. Selznick. C’est pourquoi, malgré son apparition habituelle, Rebecca n’est pas un Hitchcock comme les autres.

Il obtint pourtant un large succès.
Des 11 nominations aux Oscars 1941, il en gagna 2 : meilleure photographie et surtout meilleur film, le seul qu’Hitchcock recevra pendant sa très longue carrière.
Le réalisateur adapta en 1963 une autre oeuvre de Daphné du Maurier, Les Oiseaux, nouvelle qui évoque les attaques aériennes de la Seconde Guerre mondiale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *