« Rebecca », un Hitchcock incontournable

Comment le roman inquiétant a débarqué à Hollywood

L’histoire 

Une fois n’est pas coutume, le film suit fidèlement la trame du livre.

L’héroïne, dont on ne connaît pas le prénom, jouée par Joan Fontaine, est une jeune et timide dame de compagnie, au service d’une vieille mondaine.
Pendant leur séjour à Monte-Carlo, elles rencontrent le célèbre aristocrate, veuf depuis peu, Maxim de Winter (Laurence Olivier).
La jeune fille tombe sous le charme de l’homme mûr, qui, malgré toute attente, lui propose de l’épouser.

rebecca

Après la lune de miel, le couple s’installe à Manderley, château imposant gouverné par la lugubre Mrs Danvers (Judith Anderson). La toute nouvelle Mrs de Winter sent très vite peser la présence de sa rivale décédée : Rebecca.
Pourra-t-elle faire mieux que cette femme sublime et admirée ?
Et puis d’ailleurs, comment est-elle morte ? …

Un roman d’amour qui fait peur

Daphné du Maurier (1907-1989) est une romancière britannique d’origine française.
Fille d’acteurs, elle suit plutôt les traces de son grand-père célèbre, l’auteur George du Maurier.
Elle publie à 24 ans son premier roman, La Chaîne d’amour, mais le triomphe vient en 1938 avec Rebecca.

Encore aujourd’hui c’est un classique très apprécié.

  • Au classement des cent meilleurs romans policiers de tous les temps,
  • la Crime Writer’s Association lui donna la 6ème place en 1990
  • et l’Association des Mystery Writers of America, la 9ème place en 1995.

Le roman est avant tout une histoire d’amour.
Rebecca montre une héroïne qui doit surmonter un obstacle pour atteindre son objectif.
Ou comment une jeune fille naïve tente de rentrer dans un moule aristocratique pour plaire à son mari de plus en plus distant.

Rien de plus commun en somme. Si ce n’était par la nature du danger rencontré : la perversité.
On la retrouve bien sûr dans l’adoration d’une gouvernante pour la parfaite mais défunte maîtresse de maison.
Mais aussi dans les non-dits et les relations entre tous les personnages.
L’amour devient un piège dangereux pour la nouvelle venue.

Rebecca appuie ce suspense psychologique avec les ressorts du roman gothique : un château « hanté », la présence d’une nature hostile, le jeu des apparences trompeuses …
On reconnaît ainsi le style des soeurs Brontë, notamment Jane Eyre de Charlotte.

Mais il s’analyse également comme un conte digne de Charles Perrault.
On croit parfois voir Cendrillon chez Barbe-Bleue.
Le prince charmant devient glacial et le magnifique Manderley, dont la narratrice rêvait enfant, est un ennemi silencieux.
Pas d’esprits vengeurs dans l’histoire mais le spectre du passé que cache un prénom féminin omniprésent.

Un Hitchcock atypique

L’atmosphère pesante est moins présente dans le film d’Hitchcock.rebecca
Ce qui est en soi tout à fait normal, le livre ayant plus de temps pour installer une ambiance.

Mais c’est aussi la faute de certains effets habituels, inutiles à l’écran.
Par exemple, que vient faire cette musique romantique en fond pendant les révélations inquiétantes ?

Toujours du suspense

Heureusement, Hitchcock utilise d’autres stratagèmes pour créer le suspense :
notamment, deux entités qui témoignent pour Rebecca.

Tout d’abord Manderley.
Son fonctionnement entier a été établi par feue Mrs de Winter.
La nouvelle épouse n’ose pas en changer les règles, la décoration, la vie domestique.
Si le roman montrait déjà cette présence, Hitchcock se plaît à filmer de très près les objets, les murs, les escaliers.

« Je pense que d’une certaine manière, le film est l’histoire d’une maison. (…) Je dois garder cette maison isolée pour m’assurer que la peur y sera sans recours. La maison dans Rebecca est éloignée de tout. Vous ne savez même pas de quelle ville elle dépend. » Alfred Hitchcock

rebecca

Et puis Mrs Danvers, dont la silhouette guindée et le caractère psycho-rigide inspira la méchante belle-mère de Cendrillon, dans le dessin animé de Walt Disney (1950).
Si Rebecca est l’arlésienne (omniprésente sans être jamais vue), sa gouvernante fanatique l’incarne presque.
La menace occupe ainsi deux fronts et Judith Anderson incarne remarquablement ce danger.
Dans sa robe noire, elle se distingue dès la première rencontre du reste du personnel.
Et elle sera décisive jusqu’à la fin du film (seule partie légèrement modifiée par rapport au roman).

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Mais avec du fantastique

La tendre et apeurée Joan Fontaine tremble devant une brosse à cheveux et une serviette aux initiales brodées.
Un rideau gonflé par le vent semble laisser passer le fantôme de la première épouse qu’elle n’arrive pas à faire oublier.
Elle se torture en imaginant tout l’amour qu’inspirait Rebecca et en demandant dès que possible à en savoir plus sur elle.
Le spectateur comprend très vite ce qu’elle se refuse à comprendre : le prénom cache un malheur.

Sans humour noir

Hitchcock n’était pas totalement satisfait de son film, le premier de sa période américaine.
Pour plaire aux nombreux lecteurs et les attirer dans les salles obscures, il ne changea ni la trame ni le style du roman.
Il ne se permit pas non plus l’ajout de l’humour noir, sa marque de fabrique qui lui plaisait tant.
Le realisateur eut également du mal à imposer son montage face au puissant producteur hollywoodien David O. Selznick.
C’est pourquoi, malgré son apparition habituelle, Rebecca n’est pas un Hitchcock comme les autres.

Il obtint pourtant un large succès.
Des 11 nominations aux Oscars 1941, il en gagna 2 : meilleure photographie et surtout meilleur film, le seul qu’Hitchcock recevra pendant sa très longue carrière.
Le réalisateur adapta en 1963 une autre oeuvre de Daphné du Maurier, Les Oiseaux, nouvelle qui évoque les attaques aériennes de la Seconde Guerre mondiale.

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