Le Massacre de la Saint-Barthélémy

Des rois et des morts, bien avant Game of Thrones !

Contexte royal : Charles IX & co !

Deux rois, deux ambiances

François Ier (1494-1547) était un roi jovial et ouvert d’esprit.
Amateur d’art, il fit venir Leonardo Da Vinci en France, fut le mécène d’autres peintres italiens et subventionna plusieurs poètes.
Amoureux des femmes, on lui prête la phrase : « Une cour sans dames est comme un jardin sans fleurs ». Et des fleurs, il semble qu’il en ait beaucoup cueillies ! 

Étrangement, ce roi, symbole de la Renaissance française, eut un fils morne et austère. Dès son avènement, à la mort de son frère aîné, Henri II (1519-1559) chassa de la cour la plupart des femmes et pria les hommes de faire davantage preuve de réserve et modestie. Fini le faste de papa !

Raisonnable mais ambitieux, Henri II épousa la nièce du pape, Catherine de Médicis, la plus riche famille d’Europe. De cette union naquirent dix enfants (Charles IX était le cinquième de la fratrie) … Austère ne veut pas dire chaste !

saint barthélémy
Des portraits de famille qui expliquent beaucoup de choses !

Malgré sa rigueur, Henri II avait deux passions qui l’accompagnèrent jusqu’à son dernier souffle : les tournois et la belle Diane de Poitiers.
Sous les yeux de sa belle maîtresse (qui avait aussi partagé la couche de son père), Henri II mourut alors qu’il affrontait l’anglais Montgomery, sur son cheval « Malheureux ».
Un mauvais pressage … Car la lance du rival glissa sur l’armure du roi et pénétra le casque. Des morceaux atteignirent l’oeil, le front et la tempe. Afin de comprendre la blessure, le médecin royal, Ambroise Paré, demanda qu’on lui amène la tête de six condamnés à mort !
Peine perdue : Henri II décéda le 10 juillet 1559.

Une régence qui dure

Le roi est mort, vive le roi !
La place revint donc au fils aîné de Catherine de Médicis, François II, à peine 15 ans. Son règne fut bref : il décéda, sans doute d’une méningite, un an et demi après son couronnement.

Le très jeune roi avait délégué tout pouvoir à sa mère.
Alors quand, à l’âge de 10 ans, Charles IX prit sa place (les enfants 2,3 et 4 étant morts jeunes), Catherine assura naturellement la régence.

Son objectif : la paix à tout prix.
La France avait subi plusieurs guerres de religion, conduisant à de lourdes pertes tant chez les catholiques que chez les protestants. Malgré la signature de traités de paix, comme l’édit d’Amboise en 1563, qui assurait une certaine liberté de religion aux huguenots, les attaques et représailles cruelles se multipliaient dans les deux clans.
Catherine de Médicis voulait tant la paix nationale qu’elle alla jusqu’à réaliser un « grand tour de France » avec le jeune Charles IX. Il fallait asseoir son autorité dans le royaume mais aussi réconcilier les principales maisons catholiques et protestantes.

À la majorité de Charles IX, en août 1563, Catherine dût abandonner la régence. Mais son influence sur son fils était telle, que le nouveau roi la confirma immédiatement dans ses pouvoirs. Le véritable roi restait une reine !
Une aux méthodes peu orthodoxes, plus supersticieuse que dévote, suivant les conseils de ses astrologues (entre autres, Nostradamus), ou qui usait volontiers de son « escadron volant » (suivantes qui séduisaient les courtisans pour connaître tous les secrets et complots).

Zoom sur la soeur du roi 

 saint barthelemy

Si trois des garçons d’Henri II et Catherine de Médicis devinrent rois (après François et Charles, il y eut Henri III), leur enfant le plus connu est une fille : la princesse Marguerite, plus tard nommée Reine Margot.
Rendue célèbre par l’oeuvre d’Alexandre Dumas (1845), puis par le film de Patrice Chéreau (1994), son image est particulièrement romanesque.

Quelques anecdotes :
– On lui prête des rapports incestueux avec ses frères.
– Lors de son mariage avec Henri de Navarre (« les Noces Vermeilles »), elle refusa de prononcer son consentement. Charles IX la força à se plier, mouvement pris pour un « oui » par le cardinal de Bourbon qui officiait.
– Le prétendu amant de Marguerite, Joseph Boniface de La Môle, fut torturé et décapité pour avoir tenté de renverser le pouvoir de Catherine de Médicis (conjuration des Malcontents, en 1574). Un pamphet protestant raconta que la Reine Margot avait emporté et conservé la tête de son amour.

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Le massacre de la Saint-Barthélémy : pourquoi ?

Un mariage mixte

Ainsi Catherine de Médicis s’employait tant bien que mal à maintenir la paix religieuse. Plutôt mal, il faut croire, puisque les conflits se multipliaient. Malgré le traité de paix de Saint-Germain-en-Laye (1570), les massacres reprirent, un an plus tard, dans la ville d’Orange, faisant trembler la reine-mère.

Catherine de Médicis prît donc une décision impopulaire. Elle décida le mariage de sa fille Marguerite avec Henri, fils de la reine de Navarre, Jeanne d’Albret. L’union entre la catholique et le protestant eut lieu le 18 août 1572.
Ce projet politique fut très mal perçu par le pape, la cour espagnole et les catholiques français.

La tentative d’assassinat de Coligny

Bien que protestant, l’amiral de Coligny était un proche du roi Charles IX, voire même une figure paternelle qui gagnait en influence. Détail qui ne pouvait pas plaire à la reine-mère …
Autre point de discorde : Coligny tenta de convaincre le roi de la nécessité de faire la guerre en Flandres, projet auquel s’opposait fermement Catherine de Médicis. Elle demanda donc à son homme de main, Maurevert, de l’en débarrasser.

Le 22 août 1572, non seulement la tentative de meurtre échoua, mais elle se fit connaître, échauffant les esprits de la communauté protestante. Pour calmer le peuple, Charles IX, qui ignorait qui en était le commanditaire, assura qu’il punirait fermement le(s) coupable(s).

Catherine prit peur et s’imagina des représailles sanglantes contre les catholiques dès que la nouvelle serait connue. Pour cette férue de Machiavel, la meilleure défense était l’attaque : il fallait donc éliminer Coligny et ses partisans, et rapidement !

La reine-mère fit réunir les conseils catholiques du roi pour le convaincre du bien-fondé de son raisonnement. Ils négocièrent un à un la mort des protestants problématiques, jusqu’à ce que Charles IX, fatigué et psychologiquement fragile, s’écria :

« Qu’on les tue, mais qu’on les tue tous ! »

Cependant, Charles IX demanda que soient épargnés son médecin Ambroise Paré, son beau-frère Henri de Navarre et le prince de Condé.

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Le Massacre de la Saint-Barthélemy de François Dubois, musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Lors de la nuit du 24 août, l’Amiral de Coligny fût évidemment l’un des premiers assassinés.
Au matin, Charles IX prit conscience des tueries et ordonna leur arrêt immédiat. Cependant, le carnage, validé par les autorités municipales de la capitale, s’était déjà étendu à la province (certains y voyant une bonne occasion de régler des comptes !).

Des conséquences inattendues

Les morts protestants se comptaient littéralement par milliers, les cadavres envahissant les rues de Paris. Des récits insupportables d’horreur se propageaient, causant l’émoi du peuple.
Pourtant, certaines autorités catholiques furent ravis de l’initiative :
– Le pape Grégoire XIII fit chanter un Te Deum pour l’occasion et frapper une médaille commémorative pour ce jour glorieux …
– Le roi d’Espagne, Philippe II, aurait même déclaré qu’il s’agissait du « plus jour de (sa) vie ».

Le massacre de la Saint-Barthélémy modifia également la politique royale. Les traités de paix furent annulés et l’exercice du culte interdit. Henri de Navarre dût se convertir, comme de multiples survivants huguenots (parfois même de force).

Charles IX, qui souffrait déjà d’une nature pathologiquement nerveuse, devint fou à la suite de cet évènement. Somatisant sa culpabilité, il était souvent pris de crises de mélancolie, d’hystérie ou d’hallucinations.
Obsédé par le sang qu’il voyait couler partout, il partait chasser, abattant tous les animaux sur son passage (même les ânes et les porcs). Au Louvres, il lui arrivait de courir le lapin, avec une selle sur le dos.
Ses derniers mots, avant sa mort le 30 mai 1574 (à 23 ans), furent : « Ah ! Ma nourrice ! Que de sang ! Que de meurtres ! Que j’ai suivi un mauvais conseil ! ».

Autour de la saint-barthelemy

Le massacre a inspiré :

  • La Reine Margot (1845), roman d’Alexandre Dumas père
  • Paris ma bonne ville (1980), roman de Robert Merle
  • La Reine Margot (1994), film de Patrice Chéreau
  • La Princesse de Montpensier (2010), film de Bertrand Tavernier, adapté de la nouvelle homonyme de Madame de La Fayette.
  • Charly 9 (2011), roman de Jean Teulé.
  • Une colonne de feu (2017), roman de Ken Follett.

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