Le mystère Shakespeare

To be or jamais be ?

Vous imaginiez Shakespeare issu d’une lignée de poètes et marié à son amour éternel ?
Que nenni ! La littérature n’est décidément pas la vie …

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Une famille décevante

Un père analphabète

Fils de fermier, John Shakespeare a exercé divers métiers, comme marchand d’articles de maroquineries, peaux, laine et céréales.
En 1556, il est nommé « dégustateur de bière » officiel : il réalise l’inspection du pain et du malt.

Grâce à son mariage en 1557, avec Mary Alden, la fille d’un aristocrate, sa situation s’améliore.
Il occupe même le poste de maire de Stratford pendant un temps.
Le couple aura huit enfants. Le troisième, William, est baptisé en 1564, sans doute également son année de naissance.

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Si l’enfant a fréquenté l’école de grammaire locale où il a appris la lecture, l’écriture et le latin, il est fort probable que ses parents aient été analphabètes. C’était souvent le cas chez les paysans et leurs famille pendant l’ère elisabéthaine. De plus, on a retrouvé des documents où John signait d’une simple marque.

Une épouse détestée

À 18 ans, William Shakespeare épouse Anne Hathaway, une fille de paysan de huit ans son aînée. Les bans n’ont été annoncés à l’église qu’une seule fois, au lieu des trois habituelles, puisque la fiancée était déjà enceinte.

Six mois après le mariage, le couple accueille Susanna, puis en février 1585, de faux jumeaux, Judith et Hamnet (unique fils qui meurt à 11 ans).

Deux faits laissent penser que la relation entre William et Anne n’est pas harmonieuse.
D’abord, ils vivent longtemps séparés : elle à Stratford, lui à Londres.
Et ensuite, le testament du dramaturge ne prévoit de léguer à la veuve que « le moins bon de ses lits ».

Il faut donc croire que ses célèbres tirades amoureuses n’ont pas été inspirées par Madame !
Elle a tout juste droit à un sonnet (le numéro 145) sans doute écrit dans sa jeunesse, le style étant différent du reste de ses poèmes.

L’énigme Shakespeare

Une orthographe approximative

Immense honneur : l’anglais est souvent appelé « la langue de Shakespeare ».
Pourtant, on ne sait même pas si le nom du célèbrissime auteur s’épelait ainsi !

Dans des sources de son temps, on retrouve 80 orthographes différentes pour le même nom. Ça va de Shappere à Shaxberd, en passant par Shakspere, Shakspeare, et même Shakp !

Le nom prend son origine dans l’association de deux mots anciens, schakken (brandir) et speer (lance), et semble décrire une personne conflictuelle.

La disparition

Personne ne sait ce que Shakespeare a fait pendant 8 ans. Les registres témoignent du baptême de ses jumeaux en 1585. Puis en 1592, le dramaturge Robert Greene dénonce son arrivisme dans un pamphlet. Mais entre ces deux dates, rien !

Les historiens supposent qu’il a enseigné, étudié le droit, voyagé en Europe ou rejoint une troupe. Un récit du XVIIème siècle explique qu’il a fui sa ville natale après avoir braconné des cerf dans la propriété d’un notable. Mais rien ne le prouve.

On sait juste qu’il a quitté sa famille et qu’en 1594, il est acteur et auteur pour la troupe du mécène Lord Chamberlain, aux côtés du comédien et constructeur de théâtres James Burbage.

Un épitaphe inquiétant

William Shakespeare est décédé le 23 avril 1616, à 52 ans.
C’est un âge honorable à une époque où l’espérance de vie moyenne oscille entre 30 et 40 ans.
La cause de sa mort est inconnue, même si un de ses contemporains a accusé une trop forte consommation d’alcool.

Ce qui est certain, c’est que l’auteur a eu le temps de transmettre l’épitaphe de sa dernière demeure, située à l’intérieur d’une église de Stratford.
Il s’agit d’une malédiction sans doute destiné à décourager les pilleurs de tombes.

«Mon ami, pour l’amour de Jésus, abstiens-toi de creuser la poussière enfermée ici. Béni soit celui qui épargne ces pierres. Et maudit soit celui qui déplace mes os.»

Pendant des siècles, ses restes ont reposé en paix … Du moins, le semblait-il !
Car, en 2016, une autre énigme vient alimenter le mystère Shakespeare.
La sépulture a été radiographiée dans le cadre d’un reportage télévisuel sur Channel 4.
Et d’après l’archéologue Kevin Colls, le crâne n’est plus dans le tombeau

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To be or not to be ?

Le dramaturge Shakespeare a-t-il vraiment existé ? C’est la question que certains théoriciens se sont posés.
Et en effet, il paraît incroyable que ce roturier provincial, à l’éducation élémentaire, ait pu devenir cet écrivain prolifique et magistral, au courant des moeurs de la haute société et des affaires internationales.

Ainsi, certains ont avancé la possibilité que William Shakespeare soit le nom d’emprunt d’un notable de son époque, comme Edward De Vere, comte d’Oxford, ou le philosophe Francis Bacon.

Cependant, la plupart des historiens croient en l’existence du poète Shakespeare. Il aurait emprunté les thèmes de ses pièces à d’autres ouvrages traditionnels et collaboré quelques fois avec d’autres dramaturges.

Ses amours secrètes

Son épouse n’a eu droit qu’à un seul sonnet, mais d’autres ont eu davantage d’honneur.
Shakespeare a eu deux autres muses anonymes qui interpellent les historiens.

  • La « dark lady » (dame sombre), une femme mariée, a qui sont adressés 26 poèmes.
  • Le « fair lord » (prince éclatant), un jeune homme dont la beauté a inspiré 126 sonnets.

La tonalité amoureuse de ces derniers a été interprétée comme une preuve de la bisexualité de Shakespeare. D’autres théoriciens n’y voient que la conséquence d’une amitié intense.

On ne pourra jamais savoir quelle relation unissait les deux hommes …

Ce que l’on doit à Shakespeare

Selon l’Index Translationum de l’Unesco, Shakespeare est le troisième auteur le plus traduit au monde (après Agatha Christie et Jules Verne). En effet, il existe 4281 traductions de ses ouvrages.

Entre 1580 et 1613, il a écrit 37 oeuvres dramatiques, aussi bien des comédies que des tragédies, citées, adaptées et parfois même massacrées, dans le monde entier.

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L’office de tourisme de Vérone lui dit merci !

Ses pièces ont enrichi le vocabulaire. Shakespeare a inventé des termes encore employés de nos jours.
On lui doit, par exemple, « fashionable » (« à la mode » dans Troilus et Cressida) et « eyeball » (« globe oculaire » dans Le songe d’une nuit d’été).
Mais aussi la création de prénoms originaux qui ont perduré, comme Olivia, Miranda, Jessica et Cordelia.

Shakespeare a même été, sans le savoir, à l’origine d’un projet animalier.
En 1890, le zoologiste Eugene Schiffelin a remarqué qu’il y avait plus de 600 références aux oiseaux dans son oeuvre. Il décida d’importer les espèces mentionnées qui manquaient aux États-Unis.
Il libéra 60 étourneaux à Central Park … L’Amérique du Nord en compte aujourd’hui 200 millions !

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