15-18 Août 1969 : Le Festival de Woodstock

« Fais voler un cerf-volant. Fais-toi bronzer. »

Guerre du Vietnam, mouvement des droits civiques, assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy …
La jeunesse américaine veut oublier tout ça à Woodstock.

Un festival, quatre jours, une trentaine d’artistes, 400.000 spectateurs.
50 ans de légende …

Un festival hippie né d’une idée commerciale !

woodstock

Faire du pognon

Le festival de Woodstock naît de l’ambition de quatre entrepreneurs dans la vingtaine.
En janvier 1969, Michael Lang et Artie Kornfeld, qui travaillent dans l’industrie musicale, s’associent aux investisseurs John Robert et Joel Rosenman.

Leur objectif : créer un festival dont les fonds leur permettraient de monter un studio d’enregistrement à Woodstock.

Pourquoi cette ville, à deux heures de New York ?
Parce que c’est un « cimetière d’artistes », un lieu de retraite pour artistes sur le déclin.

Le Festival de Woodstock … à 96 kilomètres de Woodstock !

Car le festival ne s’organise pas dans la ville qui porte son nom !
Il est d’abord prévu dans un parc industriel de Wallkill, mais mal reçu par ses habitants, on le délocalise un mois avant.

L’équipe trouve in extremis un terrain disponible à Bethel, ville à 96 kilomètres de Woodstock.
Il s’agit d’une ferme laitière de 243 hectares, loué à Max Yasgur.
Un agriculteur d’âge mûr, qui ne ressemble pas du tout à un hippie, mais qui, présenté lors du festival, est ovationné en rock star par le public !

Bien qu’à Bethel, le nom est tout de même conservé : The Woodstock Music and Art Fair.

Woodstock

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Échec commercial

Le festival n’est donc pas gratuit : l’entrée est à 7 $ par jour, 18 $ pour les trois.
Normal, puisque les frais engendrés sont énormes.
Le terrain agricole est loué 50.000 $ (et un procès obligera les organisateurs à débourser 75.000 $ pour sa remise en état !).
Les artistes sont également rémunérés, de 375 $ pour Quill à 18.000 $ pour Jimi Hendrix.

Si le festival devient légendaire, ses retombées économiques sont désastreuses.
La foule est arrivée avant la mise en place des clôtures et guichets ; plus de 300.000 personnes n’ont pas payé d’entrée.

La société formée par les 4 investisseurs est en déficit, leur studio d’enregistrement ne sera jamais construit.

Programmation (on ne connaît plus la plupart des artistes !)

Le festival de Woodstock doit être parrainé par Bob Dylan, qui annule sa présence.
Les organisateurs veulent engager Simon and Garfunkel et Jeff Beck, qui refusent.
Tout comme The Beatles, Led Zeppelin, Jethro Tull.
The Doors ne peuvent assister car Jim Morrison est en plein procès à Miami.
Quant aux Rolling Stones, ils ne sont pas invités !

Alors, qui sont présents ?

  • Vendredi

Richie Havens : folk
Sweetwater : psychédélique – Comme le groupe arrive en retard, une séance de yoga est organisée pour faire patienter le public.
Bert Sommer
Tim Hardin : folk – Le chanteur doit ouvrir le festival, mais étant trop drogué, sa performance est repoussée.
Ravi Shankar : sitar – 3 chansons jouées sous la pluie
Melanie : folk
Arlo Guthrie : folk
Joan Baez : folk – Elle est enceinte de six mois.

  • Samedi 

Quill
Country Joe McDonald : psychédélique
John Sebastian : folk, blues
Keef Hartley Band
Santana – Le groupe du guitariste Carlos Santana n’ pas encore publié de disque. Woodstock lance vraiment sa carrière.
The Incredible String Band : psychédélique
Canned Heat : boogie rock
Grateful Dead : folk – Leur concert est écourté, juste après avoir joué « Turn On Your Love Light », en raison d’un problème technique.
Creedence Clearwater Revival
Janis Joplin with The Kozmic Blues Band : blues
Sly and the Family Stone : soul, funk et rock spatial !
The Who
Jefferson Airplane : psychédélique

  • Dimanche 

Joe Cocker : soul
Country Joe and The Fish : folk, psychédélique – Le groupe joue après une interruption météo de plusieurs heures.
Ten Years After : blues
The Band – Connu pour être le « groupe de Bob Dylan »
Johnny Winter : blues
Blood Sweat and Tears : jazz rock
Crosby, Stills, Nash and Young – Quatre musiciens qui ne jouent en tant que groupe que pour la deuxième fois.
Mécontent de sa performance, Neil Young demande à ne pas apparaître dans le film ni sur sa bande son.

  • Lundi

Paul Butterfield Blues Band : blues
Sha Na Na
Jimi Hendrix

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Du chaos …

La publicité pour le festival promet :

« Trois jours de paix et de combats.
Des centaines d’hectares à parcourir.
Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte-ciel ou un feu rouge.
Fais voler un cerf-volant. Fais-toi bronzer.
Cuisine toi-même tes repas et respire de l’air pur. »

Et pourtant …

  • L’autoroute de New York est bloquée pendant 8 heures en raison des arrivées massives !
    Les stations-services se retrouvent sans essence et certains artistes arrivent en hélicoptère.

  • Le 17, un fort orage interrompt le festival, alors que Joe Cocker entonne sa reprise des Beatles, « With a Little Help from My Friends ».
    Les hippies se mettent à crier « No rain ! No rain ! » … Mais « rain » tout de même !
  • Dès le premier jour, le public n’a plus rien à manger.
    Les habitants de villages alentour envoient alors des vivres.
  • Les urgentistes sur place ont compté 5162 interventions médicales dont 797 liées à la drogue, 2 naissances, 4 fausses couches, 1 overdose, 1 mort accidentelle et 1 décès suite à une crise d’appendicite.
  • Il faut demander l’aide de 45 médecins volontaires, amenés sur place par des soldats.
    Guerre du Vietnam oblige, l’US Army est accueillie par des huées.

    Woodstock vu du ciel !

Quelques anecdotes plus sympas !

  • Dans le public, pas que des hippies !
    Des vaches se sont échappées de l’explotation agricole et se mêlent aux visiteurs !woodstock
  • Il n’y a pas eu que des chansons entonnées au micro.
    Aussi des messages privés !
    « Kenny Irwin, veuillez vous rendre au kiosque d’information pour obtenir votre insuline. »
    « Paul Andrews, Mike a besoin de ses médicaments et il vous rencontrera là où il était hier. »
  • Aucun rapport policier de violence pendant la durée du festival.
    Il y a tout de même quelques vols dans les terres agricoles, en raison du manque de nourriture …
    Mais bon, Peace and Love quand même !
  • Il faut dire que la police n’a pas voulu arrêter les consommateurs de marijuana :
    Comme le déclare un sergent, « il n’y aurait pas assez d’espace dans le comté (…) pour les accueillir ! »
  • Un couple photographié devient le symbole woodstockien de l’amour.
    Immortalisé pour la BO du film documentaire, Nick et Bobby Ercoline … qui sont toujours ensemble !

… À la légende !

Comment un évènement musical devient historique ?
Grâce au film documentaire réalisé en 1970 par Michael Wadleigh (assisté d’un certain Martin Scorsese !).


Woodstock est un tel mythe que même son emplacement agricole a traversé les décennies !
En 2017, on inscrit le champs loué au National Register of Historic Places.
Sa ferme, désormais connue comme the Bethel Woods Center for the Arts, comprend aujourd’hui un campus, un musée et un amphithéâtre de 15.000 places !

Les moments forts

« Freedom » de Richie Havens

Le musicien ouvre le festival à la place de Tim Hardin, trop drogué pour jouer !
Il finit son répertoire, mais on lui demande de prolonger et d’improviser : le groupe suivant, Sweetwater, est bloqué dans les bouchons !
Richie Havens improvise alors « Freedom » sur un air de gospel « Motherless Child ».

L’incident Abbie Hoffman – The Who

The Who est le groupe le plus attendu, avec celui de Jimi Hendrix.
Pourtant, il a failli ne pas jouer.
Au moment de monter sur scène, les anglais, toujours pas payés, réclament leur cachet aux producteurs.
Une dispute éclate en backstage et The Who menace d’annuler à quelques minutes de leur concert.
Las, un des producteurs répond : « Ok, ne jouez pas. Je vais aller sur scène et dire à la foule que vous ne voulez pas sortir parce qu’on ne vous a pas payé par avance. Pas de problème. »
Cinq minutes plus tard, le groupe jouait !

Les musiciens sont très tendus quand l’activiste Abbie Hoffman interrompt leur chanson « Pinball Wizard ».
L’homme tente de prendre le micro des mains de Roger Daltrey.
Townshend lui assène alors un coup de guitare dans la nuque et lui dit : « Back off! Back off my fucking stage! »

Après Woodstock, le disque de The Who est le plus vendu pendant 126 semaines.

« White Rabbit » de Jefferson Airplane

Un titre qui fait référence au lapin blanc de Lewis Carroll … pour cacher (un tout petit peu) qu’il parle de LSD !
Le public (dont la plupart plane déjà au pays des merveilles !) a aussitôt adoré cette chanson censurée en radio.
Woodstock dans toute sa splendeur !

« With a little help of my friends » de Joe Cocker

Le chanteur vient de terminer une longue tournée qui l’a exténué. Ça et l’alcool …
Malgré tout, cette chanson est l’un des points culminants du festival.

Jimi Hendrix

Le dernier concert, le plus attendu et le moins suivi : seulement 40.000 personnes, les plus courageuses qui ont attendu jusqu’au lundi matin.

Présenté comme Jimi Hendrix Experience, le musicien corrige et indique que son groupe s’appele désormais Gypsy Sun and Rainbows.

Pendant qu’il joue « Red House », une corde lâche.
Hendrix ne s’arrête pas et finit la chanson avec 5 cordes.

Mais sa chanson-phare est sa version de l’hymne américain « Star-Splanged Banner ».
En raison du contexte, elle devient même le « Guernica américain ».

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